Mutation du gouverneur de Labé : le colonel Robert Soumah se confie à foutakameen.com avant son départ pour Mamou

Mutation du gouverneur de Labé : le colonel Robert Soumah se confie à foutakameen.com avant son départ pour Mamou

Après quatre ans, quatre mois et deux jours à la tête de la région administrative de Labé, le colonel Robert Soumah a été muté à Mamou. Avant de quitter ses fonctions, il a accordé un entretien exclusif à la rédaction de Foutakameen.com dans lequel il revient sur son bilan, ses défis, ses relations avec les autorités locales et les populations, ainsi que les chantiers qu’il lègue à son successeur.

Foutakameen.com : Bonjour monsieur le Gouverneur, merci de nous avoir accordé cet entretien. Dites-nous comment s’est passé votre mandat à la tête de la région administrative de Labé ?

Le gouverneur : Je l’ai partagé avec les collègues, je l’ai partagé avec les administrateurs territoriaux — je vais nommer ici les préfets — mais aussi avec les cadres régionaux, préfectoraux et communaux, notamment les sous-préfets, qui n’ont ménagé aucun effort pour nous faciliter la gestion de la région de Labé, mais aussi la population.

Foutakameen.com : Quels sont les projets que vous avez réalisés durant votre mandat ?

Le gouverneur : Je dirais que nous avons eu l’habileté d’avoir des projets en cours d’exécution, d’autres exécutés à 100 % et inaugurés, et d’autres encore en arrêt, dont j’ai passé les consignes à mon remplaçant pour les booster afin que Labé soit vraiment une région comme les autres.

Mais quand nous sommes arrivés, sous le leadership de son Excellence Monsieur le Président de la République, le général Mamadi Doumbouya, nous venons de lancer les travaux de reconstruction de la route Mamou–Labé. Les usagers en souffraient beaucoup.

Sur la route, il y a eu un grand changement parce que les entreprises ont commencé à s’appliquer. Je quitte mes fonctions à Labé avec le sentiment du devoir accompli et la conviction que les bases posées continueront à porter leurs fruits pour le développement de la région administrative de Labé.

Foutakameen.com : Y a-t-il des objectifs que vous n’avez pas pu atteindre, et pourquoi ?

Le gouverneur : Oui, en fait c’est possible. Il y a eu des objectifs qui n’ont pas pu être atteints. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas voulu, mais vous savez, l’État a un programme, et Labé n’est pas la seule région qui réclame des infrastructures.

C’est à tour de rôle, selon le degré d’urgence. Je vais vous faire une confidence : regardez la Maison des jeunes. Nous sommes venus, elle était laissée pour compte. Aujourd’hui, elle est à 90 % de réalisation. Les travaux sont arrêtés parce qu’il y a eu des problèmes, et l’État a envoyé une autre entreprise qui a fait les levés et qui va bientôt poursuivre la rénovation. C’est une bonne nouvelle.

Vous avez vu la mosquée : aujourd’hui elle est à 92 ou 95 % de réalisation. Le Premier ministre a aussi voulu qu’il y ait une Maison de la presse à Labé comme dans toutes les autres régions. Je n’ai pas manqué de passer le flambeau à mon remplaçant pour lui dire que je n’ai pas pu atteindre cet objectif pour plusieurs raisons. Je voudrais que cela fasse partie de ses premières actions pour que la presse ait une Maison de la presse comme ailleurs.

Foutakameen.com : Quelles infrastructures ont été inaugurées pendant votre mandat ?

Le gouverneur : Il y a eu beaucoup d’infrastructures inaugurées devant moi.

Je parle du Bureau régional des actions sociales, de la Gendarmerie régionale, de la Direction régionale de la Police, de la Direction régionale des Douanes. Je vous parlerai aussi du Bureau régional du ministère du Plan et de la Coopération internationale. Je vais vous parler de la route Labé–Mali : c’est un projet que nous avons laissé, mais qui est en cours.

L’hôpital régional : il n’y a pas longtemps, nous étions là pour constater l’avancée des travaux de l’hôpital central, en présence de l’ambassadeur de France en Guinée et du ministre de la Santé.

Si le délai contractuel est respecté, dans deux ans, l’hôpital régional sera inauguré. Cela permettra aux citoyens d’être mieux soignés et d’éviter d’aller dans les pays limitrophes.

Foutakameen.com : Comment décrivez-vous votre approche de gestion et votre proximité avec la population ?

Le gouverneur : Quand on est administrateur territorial, cela veut dire qu’on a des administrés. Si je suis ici, c’est parce que je suis au service de la population. Il faut créer d’abord la confiance entre l’administration et la population. Il faut créer la sécurité. Il faut que la population se sente sécurisée. Et durant mes 4 ans, 4 mois et 2 jours, c’est ce que j’ai essayé de faire.

Foutakameen.com : Comment avez-vous entretenu cette relation avec les habitants ?

Le gouverneur : Ce sont les relations humaines. J’ai essayé de comprendre tout le monde en allant vers la population. Si je devais rester au bureau sans aller vers elle, je ne pourrais pas comprendre ses problèmes.

Je me suis approché des sages pour comprendre réellement leurs conseils et comprendre comment Labé fonctionne, parce que je me suis rendu compte que les habitants de Labé sont un peu différents des régions que j’ai eu à parcourir.

Foutakameen.com : Votre proximité avec l’ancien maire, le président de la délégation spéciale et les responsables religieux a été très remarquée. Pourquoi cette approche ?

Le gouverneur : Parce que j’avais compris que je ne pourrais pas gérer sans la population. Et cette population a des leaders sur lesquels je dois m’appuyer pour comprendre ce qui se passe et pour qu’ensemble nous puissions éradiquer les maux qui gangrènent la région de Labé.

Le président de la délégation spéciale est en contact direct avec la population. Tout ce que je peux avoir comme information, je suis obligé de passer par lui. Vous pouvez quitter chez vous, laisser vos grands-parents, et dans une autre région, vous trouverez d’autres grands-parents.

Je suis sûr que si vous venez avec de bonnes intentions et respect, ils vous donneront des conseils ancestraux qui vous permettront de gérer sans problème.

Foutakameen.com : On a noté qu’il n’y avait eu ni tir, ni arrestation arbitraire durant votre mandat. Comment avez-vous géré cela ?

Le gouverneur : En fait, vous savez, c’est facile à dire mais difficile à faire. Nous avons reçu des instructions fermes de son Excellence Monsieur le Président de la République, par le biais du ministre de l’Administration du territoire. Il nous a été dit : vous partez pour servir la population. Ce ne sont pas vos ennemis, ce sont vos parents.

Alors, aucun coup de feu, aucune injustice ne doit être commise de votre part. C’est ce que j’ai essayé de respecter. C’est aujourd’hui, lors de la passation de service, que j’ai compris, à travers les témoignages, que j’ai respecté ces instructions.

Foutakameen.com : Comment avez-vous géré les situations de tension ou de crise ?

Le gouverneur : Tout finit par le dialogue.

Si je sais que ça va finir par le dialogue, pourquoi ne pas commencer par ça avant les coups de poing ? Je suis au service de la population. Alors je les écoute et j’essaie de trouver des solutions.

Foutakameen.com : Quel conseil avez-vous donné à votre successeur ?

Le gouverneur : Je ne doute pas un seul instant de ses capacités. Je lui ai conseillé d’être à l’écoute de la population, de la jeunesse et des femmes. Il m’a promis qu’il le sera.

Foutakameen.com : Qu’est-ce qui vous a le plus marqué à Labé ?

Le gouverneur : J’ai appris l’enseignement humain. J’ai appris le respect de la valeur humaine auprès de la jeunesse, des femmes et des sages de Labé. Ce sont des valeurs cardinales qui resteront gravées dans ma tête. Elles existent encore dans la région administrative de Labé et dans tout le Foutah. C’est ce qui m’a permis de faire les 4 ans, 4 mois et 2 jours sans problème.

Je remercie la population de Labé, la jeunesse et les femmes. Certes, tout n’a pas été rose, mais je pense avoir donné le meilleur de moi-même pour accomplir la mission qui m’a été confiée.

Foutakameen.com : nous arrivons au terme de notre entretien, merci à vous monsieur le gouverneur de nous avoir reçu chez vous.

Le gouverneur : C’est à moi de vous remercier.

Entretien réalisé par Boubacar Diallo

Décryptage : Abdoul Karim Baldé pour Foutakameen.com

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