Dans un contexte où les enregistrements audio pendant les conversations téléphoniques se multiplient, souvent à l’insu des interlocuteurs, que dit réellement la loi guinéenne ? Quels sont les risques encourus lorsqu’un échange privé est capté et diffusé sans autorisation ? Entre enjeux de dignité humaine, responsabilités morales et sanctions pénales, le juriste Me Mouley Ismaïla Diallo apporte un éclairage précis sur une pratique devenue courante mais parfois illégale.
Selon le jurist, la parole d’un individu fait partie intégrante de sa dignité humaine.
« L’être humain et sa dignité doivent être respectés. La dignité, c’est le corps, mais aussi la parole. Sa parole lui appartient et lui seul sait où elle doit aller. Si quelqu’un veut conserver ou diffuser les propos d’une personne, il doit obligatoirement l’en informer. Il en est de même pour son image », explique Me Mouley.
Informer avant d’enregistrer : une obligation morale et juridique
Pour le juriste, toute conversation destinée à être conservée ou partagée, notamment sur les réseaux sociaux, doit être précédée d’une information claire.
« Quand une personne sait qu’on l’enregistre, elle dose mieux ses paroles. Même si l’enregistrement est publié, il n’y aura pas de frustration », indique-t-il.
Il reconnaît toutefois que les technologies actuelles rendent la pratique courante, parfois même involontaire, notamment avec certains téléphones Android.
« Beaucoup de téléphones enregistrent les appels sans que l’utilisateur ne s’en rende compte. Si l’enregistrement n’a pas d’utilité, il vaut mieux le supprimer. Les outils sont bons, mais mal utilisés, ils peuvent nuire », laisse entendre l’homme de droit.
Enregistrer pour informer : journalistes et familles
Le juriste distingue plusieurs contextes. Dans le cadre professionnel, notamment pour les journalistes, l’enregistrement peut être légitime.
« Enregistrer pour informer la population est justifié, mais l’avis de la personne doit être recueilli », affirme notre interlocuteur.
Il évoque également l’usage familial, par exemple pour conserver les conseils d’un aîné.
« On peut enregistrer pour ne pas oublier, mais ces enregistrements doivent rester confidentiels. »
La loi punit les enregistrements clandestins destinés à nuire
Sur le plan juridique, Me Mouley Ismaïla Diallo reste ferme.
« Enregistrer quelqu’un sans son accord, puis diffuser l’audio, est puni par la loi. Trouver deux personnes en conversation et les enregistrer sans leur avis, ou publier un enregistrement clandestin, constitue une infraction », précise notre interlocuteur.
Il admet cependant l’existence de cas particuliers.
« En cas de menace, d’insulte ou de tentative d’atteinte, on peut enregistrer pour se protéger ou constituer une preuve. Mais enregistrer pour nuire ou exposer quelqu’un, cela, la loi le sanctionne sévèrement. »
Que faire si un enregistrement est publié sans votre consentement ?
La réponse du juriste est claire :
« Vous pouvez porter plainte. »
Dans une société où les téléphones enregistrent parfois à notre insu, la vigilance reste de mise. Pour le juriste, une règle simple doit prévaloir :
« Enregistrer pour informer, oui ; enregistrer pour nuire, jamais », conclut-il.
Amadou Bella Diallo et Boubacar Diallo pour foutakameen.com

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