À Labé, les taxi-motos se sont imposés comme un moyen de transport incontournable et une source de revenus pour des milliers de jeunes. Ce secteur névralgique constitue également une source non négligeable de recettes pour la commune. De nos jours, le secteur connaît une expansion fulgurante à Labé. Ils sont omniprésents dans les rues de Labé assurant le transport quotidien des personnes et de leurs biens.
Mais derrière cette dynamique économique se cache une réalité préoccupante : une multiplication des accidents de la circulation, sur fond de faible réglementation et de maîtrise insuffisante du Code de la route. Chaque jour, les taxi-motos assurent le transport de milliers de citoyens tout en faisant vivre de nombreuses familles à travers cette activité qui connaît une expansion à travers toutes les villes et tous les villages du pays.
Une activité économique incontournable, mais faiblement réglementée
Selon Alpha Camara, commissaire adjoint à la Police routière de Labé, l’explosion du nombre de taxi-motos dans la ville s’explique principalement par l’absence de critères rigoureux d’accès à la profession. C’est pourquoi selon lui, le secteur est devenu un véritable laisser-aller.

Alpha Camara, commissaire adjoint de la police routière de Labé
« L’abondance des taxi-motos à Labé est due au manque de réglementation. Aujourd’hui, chacun peut devenir taxi-motard. S’il existait des critères stricts, il n’y aurait peut-être pas autant d’affluence. Dès qu’une personne dispose d’un peu d’argent, elle achète une moto sans se soucier de la maîtrise du Code de la route. Elle se rend ensuite au syndicat, demande à exercer et on lui vend automatiquement un gilet », déplore-t-il.
Cette situation, selon lui, constitue un facteur aggravant des accidents de la circulation impliquant le plus souvent les conducteurs moto-taxi.
« Les statistiques montrent que les taxi-motards sont impliqués dans près de 80 % des accidents. Plus leur nombre augmente, plus le risque d’accidents s’accroît. Cette année, les chiffres dépassent déjà ceux de l’an dernier », alerte le commissaire adjoint.
Pour la Police routière, la solution passe par une meilleure formation des conducteurs, une maîtrise obligatoire du Code de la route et un contrôle strict avant toute délivrance de gilet ou d’autorisation d’exercer.
Une contribution financière importante pour la commune
Sur le plan économique, l’activité génère des recettes non négligeables pour la commune urbaine de Labé. Mamadou Alpha Barry, receveur communal, avance des chiffres précis :

Mamadou Alpha Barry, receveur de la commune urbaine de Labé
« En 2021, nous avons recensé 5 993 conducteurs de taxi-moto. Si l’on fait le calcul, la commune peut percevoir plus de 50 millions de francs guinéens. Avec l’ensemble des conducteurs recensés, les recettes sont estimées entre 70 et 80 millions de GNF », explique-t-il.
Il reconnaît toutefois que le paiement des taxes n’est pas toujours régulier.
« Certains conducteurs ne s’acquittent pas correctement de leurs taxes. Beaucoup sont des étudiants ou exercent uniquement la nuit. Pour des raisons de sécurité, la commune a d’ailleurs renoncé à instaurer des taxes nocturnes », précise-t-il.
Selon le receveur communal, ces ressources servent notamment à :
« Construire des latrines dans plusieurs quartiers, rénover la place des Martyrs et réhabiliter certains locaux communaux. Un nouveau recensement est prévu en 2026 afin de disposer de données plus fiables et actualisées », annonce-t-il.
Les syndicats réclament plus de transparence
Du côté des syndicats, le discours est plus critique. Amadou Lamarana Barry, secrétaire général adjoint de la CNTG section taxis-motos, insiste sur l’obligation fiscale, tout en dénonçant un manque de visibilité dans la gestion des fonds collectés.

Amadou Lamarana Barry, secrétaire général adjoint de la CNTG section taxis-motos
« Les taxi-motards paient bel et bien la taxe communale à travers les percepteurs déployés sur le terrain. Cependant, les conducteurs nous demandent souvent à quoi sert l’argent qu’ils versent. Avant, nous avions une idée claire des budgets, mais aujourd’hui tout est flou. Les taxes sont payées, pourtant les routes restent dégradées et la poussière envahit la ville », regrette-t-il.
Les conducteurs entre frustrations et quête de sécurité
Sur le terrain, les conducteurs rencontrés expriment des préoccupations similaires, mêlant sentiment d’injustice et insécurité croissante.
Thierno Ibrahima Sory Diallo, taxi-motard, témoigne :
« À chaque fin de mois, les agents viennent percevoir les taxes du mois écoulé. En cas d’arriérés, tout doit être payé. Nous pensons que cet argent devrait servir prioritairement à la réparation des routes et à notre sécurité, car de nombreux motards sont victimes d’agressions », confie-t-il.
Même son de cloche chez Mamadou Djouldé Barry, également conducteur de moto-taxi.
« Si l’on considère le nombre de taxi-motos à Labé, leur contribution financière peut permettre de réhabiliter plusieurs zones de la ville. Nous payons nos taxes. S’il y a des fraudeurs, cela doit apparaître clairement dans les bases de données de la commune. Nous demandons un accompagnement réel des autorités », plaide-t-il.
Entre nécessité économique et impératif de sécurité
À Labé, les taxi-motos occupent aujourd’hui une place centrale dans la vie économique et sociale. Ils assurent une mobilité essentielle pour les populations, offrent une source de revenus à des milliers de jeunes et constituent une manne financière importante pour la commune.
Cependant, l’absence de réglementation stricte, la faible maîtrise du Code de la route, “le manque de transparence” dans la gestion des recettes et l’insécurité persistante posent de sérieux défis. Entre opportunité économique et préoccupations sécuritaires, la question des taxi-motos à Labé appelle désormais des réponses structurelles, concertées et durables.
Abdourahmane Baldé et Amadou Bella Diallo pour foutakameen.com

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