La reconduction d’Amadou Oury Bah à la Primature continue de susciter des réactions au sein de la classe politique guinéenne. Invité à se prononcer sur cette décision du Président Mamadi Doumbouya, Dr Ibrahima Sory Diallo, président de l’ADC-BOC, estime que ce maintien ne constitue pas une surprise, mais s’apparente davantage à une reconnaissance qu’à une véritable refonte politique.
D’entrée de jeu, l’acteur politique tranche : « Ce n’est pas une surprise », avant de préciser sa lecture de la décision présidentielle. Selon lui, il ne s’agit pas d’« une réforme politique forte », mais plutôt « d’une reconnaissance des efforts fournis par M. Bah dans un contexte national tendu ». Il rappelle que l’actuel Premier ministre est arrivé à un moment délicat de la transition et qu’il a œuvré à stabiliser le jeu politique tout en accompagnant le processus transitoire.
Pour Dr Ibrahima Sory Diallo, cette reconduction s’apparente clairement à « une nomination de récompense ». Une logique qu’il refuse de voir se généraliser dans la future équipe gouvernementale. « Nous ne voulons pas que le gouvernement qui sera mis en place soit un gouvernement de récompense », prévient-il.
Plaidoyer pour un exécutif basé sur la compétence
Le président de l’ADC-BOC appelle plutôt à la formation d’un gouvernement fondé sur l’expertise et non sur l’affinité.
« Nous voulons un gouvernement de technocrates, bourré de cadres guinéens compétents, capables de proposer une alternative crédible pour que la Guinée soit parmi les pays émergents », préconise-t-il.
Interrogé sur la nouvelle architecture gouvernementale, il reconnaît l’existence de changements, tout en relativisant leur portée institutionnelle.
« Ce n’est pas l’ossature qui compte, mais les personnes qui viendront meubler ces postes », estime-t-il.
Il insiste : même un gouvernement réduit peut être efficace si ses membres sont qualifiés.
Dans la même lancée, il dénonce les pratiques de favoritisme observées par le passé :
« Il ne faut pas nommer quelqu’un dans un ministère où il n’a pas les compétences. Il faut nommer par compétence et non par affinité. »
Et d’ajouter : « On ne peut pas faire un stage au sommet de l’État en pensant que le pays peut avancer. »
Priorités : développement, ouverture et refondation
Sur les priorités du futur gouvernement, le responsable politique est catégorique :
« La priorité, c’est le développement. Mettre la Guinée sur le chemin de la réussite. »
Cela passe, selon lui, par « la refondation des institutions » et par une plus grande ouverture internationale :
« La Guinée doit s’ouvrir au monde, diversifier ses partenaires — Américains, Français, Russes — afin que chacun apporte son expertise pour impulser le développement. »
Il estime également que le nouveau gouvernement doit rétablir la confiance entre l’État et les citoyens, aujourd’hui fragilisée :
« Il faut un gouvernement d’action, un gouvernement de techniciens capable de répondre aux besoins de la population. »
Dialogue social et rupture avec les anciennes pratiques
Ibrahima Sory Diallo insiste longuement sur la nécessité de restaurer le dialogue national :
« Il faut que tous les Guinéens se parlent. Aujourd’hui, le dialogue est rompu », c’est pourquoi il appelle à « un cadre permanent de dialogue entre les citoyens », incluant les acteurs politiques, l’administration et même ceux vivant à l’étranger.
L’assainissement de la gestion publique figure aussi parmi ses priorités :
« Un ministre qui s’enrichit illicitement doit répondre devant la justice. Les ministres ne sont pas des milliardaires », affirme-t-il.
Pour lui, la nouvelle ère politique doit marquer « une rupture avec les anciennes habitudes et les anciens comportements ».
Une nouvelle ère à accompagner
Dans son mot de conclusion, le président de l’ADC-BOC invite les Guinéens à soutenir la dynamique en cours :
« Nous sommes dans une nouvelle ère, il faut aller de l’avant, tourner la page et entrer dans la détermination pour que le pays se développe », lance l’opposant.
Il appelle ainsi l’ensemble des citoyens, des forces de défense et de sécurité et des cadres nationaux, à contribuer au progrès collectif :
« Même si tu n’es pas ministre, tu dois apporter quelque chose pour que la Guinée avance », estime notre interlocuteur.
Mamadou Aliou Diallo et Houssainatou Bah, pour foutakameen.com

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