À Kindia, l’ananas n’est pas qu’un fruit : c’est une identité, une richesse locale et une source de revenus pour des centaines de producteurs. Jumelles Agribusiness, entreprise agricole fondée en 2019 par Hassanatou Bah, s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Mais derrière les rangées vertes bien alignées, une menace plane : les feux de brousse et les incendies dans les champs.
À la tête de Jumelles Agribusiness, Hassanatou Bah développe une agriculture agroécologique tout en appelant à la vigilance face aux incendies agricoles, un risque permanent pour la filière ananas.
Jumelles Agribusiness, une entreprise ancrée dans l’agroécologie
Créée en 2019, Jumelles Agribusiness repose sur un choix assumé : produire autrement.
L’entreprise loue des terres agricoles et mise sur une production agroécologique, sans engrais chimiques.
« Nous utilisons du fumier de vache et d’autres matières organiques. Même sur les sols sableux, nous refusons les produits chimiques », explique la fondatrice.
De la culture à la récolte, les champs sont suivis quotidiennement par des employés. La production est ensuite partagée entre la vente directe sur le marché et la transformation, notamment en jus, vendu à 10 000 francs guinéens.
Une fondatrice aux multiples responsabilités
Mariée, enseignante vacataire à la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion de Kindia et entrepreneure agricole, Hassanatou Bah jongle avec plusieurs casquettes. Un équilibre exigeant, rendu possible grâce à l’engagement de ses employés et au soutien familial.
« Nos employés considèrent l’entreprise comme une priorité. Cela facilite beaucoup la gestion quotidienne », confie-t-elle.
Feux dans les champs : une alerte claire
Si elle affirme n’avoir jamais été directement victime d’un incendie, la fondatrice de Jumelles Agribusiness se veut prudente et surtout préventive.
« Les feux de brousse représentent un réel danger pour les champs d’ananas. Pour les éviter, il faut nettoyer régulièrement les terrains, enlever les feuilles mortes et entretenir les espaces autour des cultures. »
Mais la prévention ne s’arrête pas aux gestes techniques.
« Il est essentiel d’entretenir de bonnes relations avec les villageois. On ne peut pas venir dans une communauté et imposer ses règles. Il faut respecter les usages locaux. »
Un message qui sonne comme une mise en garde à l’endroit des producteurs agricoles, souvent exposés à des pertes importantes à l’approche de la saison sèche.
Accès à la terre et tensions locales
L’un des principaux défis de Jumelles Agribusiness reste l’accès à des terres sécurisées.
« La location des terrains nous expose à des conflits, parfois liés à des jalousies entre familles. Même avec des conventions, des tensions peuvent surgir », déplore-t-elle.
Une réalité qui fragilise les investissements agricoles et accentue les risques, notamment en cas d’actes malveillants.
Des opportunités économiques à consolider
Malgré ces contraintes, l’entreprise tire profit de la proximité d’unités industrielles comme Tropico ou Daboya, qui achètent une partie de la production.
« La vente aux usines est souvent plus avantageuse pour nous. L’autre partie est transformée en jus par nos soins », précise Hassanatou Bah.
Un appel à la protection de la filière ananas
Pour la fondatrice, la protection des champs contre les feux est un enjeu stratégique pour toute la filière.
« L’ananas de Kindia est reconnu pour sa qualité. Il faut le protéger. Cela passe par un meilleur accompagnement des producteurs et un soutien plus fort de l’État. »
Jumelles Agribusiness se présente ainsi comme un exemple d’entrepreneuriat agricole responsable, mais aussi comme une voix d’alerte dans un secteur encore vulnérable.
Houssainatou Bah pour foutakameen.com

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