À chaque coucher du soleil, des milliers de fidèles musulmans s’epressent à rompre le jeûne. Mais la manière de le faire peut avoir des conséquences directes sur la santé digestive. Invité à élucider sur les bonnes pratiques, le Pr Abdourahamane N’Diouria Diallo, gastro-entérologue, insiste sur le respect à la fois des prescriptions religieuses et des principes médicaux.
Rompre dès le coucher du soleil
D’entrée, le spécialiste rappelle une précision souvent négligée : « On rompt le jeûne au coucher du soleil. Il ne faut pas attendre la tombée de la nuit. »
Selon lui, retarder inutilement la rupture prolonge une période de privation déjà longue pour l’organisme.
La datte, un choix à la fois religieux et physiologique
Le gastro-entérologue souligne que la recommandation de rompre avec des dattes n’est pas anodine : « L’idéal est de couper avec une à trois dattes. Si vous n’en avez pas, prenez un peu d’eau. »
Il précise que la datte est riche en sucres naturels rapidement assimilables. « Après plusieurs heures de jeûne, l’organisme a besoin d’un apport progressif, pas d’un choc alimentaire. »
À défaut, il conseille « une ou deux cuillerées de bouillie légère », tout en mettant en garde contre les boissons trop sucrées ou gazeuses : « Évitez les cocktails, les sodas, le thé très chaud, le citron en excès. Ce n’est pas adapté à un estomac qui sort du repos. », alerte-t-il.
Un estomac “au repos” qu’il faut réveiller progressivement
Le professeur explique le mécanisme physiologique : « Quand vous jeûnez, l’estomac est au repos. Il faut manger quelque chose avant la prière pour relancer doucement la digestion. »
Il ajoute que « le contact de l’aliment avec la bouche déclenche la sécrétion d’enzymes dans la salive. Cela prépare l’estomac à recevoir le repas. »
À l’inverse, rompre par un repas copieux peut entraîner des troubles digestifs : « Si vous avalez un repas lourd d’un coup, vous risquez des ballonnements, des douleurs abdominales, de la constipation ou des flatulences. », laisse entendre notre interlocuteur.
Des inconforts qui peuvent, selon lui, perturber la prière et la soirée.
Le principe de modération
Le Pr Diallo rappelle également un enseignement prophétique en lien avec la modération alimentaire : « Il est recommandé de ne pas remplir totalement l’estomac. Un tiers pour la nourriture, un tiers pour l’eau, un tiers laissé vide. »
Pour le spécialiste, cette recommandation rejoint les principes modernes de la nutrition : « Ne vous rassasiez pas excessivement. Mangez un peu, lentement, mastiquez bien. »
Il met en garde contre l’accumulation de plats et de boissons variées au même moment : « Évitez de tout mélanger : bouillie, riz, jus, plats lourds en même temps. Cela surcharge l’estomac. »
Le repas de l’aube, un enjeu souvent sous-estimé
Autre point soulevé : l’impact d’une rupture excessive sur le repas de l’aube. « Si vous remplissez l’estomac à 19 heures, vous aurez du mal à manger au petit matin. Or, le repas de l’aube est essentiel pour bien supporter la journée de jeûne. »
Pour le gastro-entérologue, le Ramadan est aussi une école de discipline alimentaire : « Le jeûne n’est pas un moment de compensation. C’est un moment de mesure. »
En définitive, son message se veut clair : respecter la tradition, oui, mais avec intelligence physiologique. « Prenez quelque chose de léger avant la prière, puis mangez modérément. La santé et la spiritualité ne s’opposent pas. Elles se complètent. », conseille le Professeur Abdourahamane N’Diouria Diallo.
Houssainatou Bah pour foutakameen.com

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