Dans la sous-préfecture de Tangaly, située dans la préfecture de Tougué, certaines personnes marquent leur communauté par leur engagement et leur dévouement. C’est le cas d’une enseignante dont le parcours scolaire et professionnel illustre parfaitement la persévérance et l’amour du métier d’enseignant.
Lors d’une immersion dans cette localité, l’équipe de foutakameen.com s’est entretenue avec une éducatrice qui a retracé avec émotion les différentes étapes de son parcours scolaire. Originaire de la localité, elle explique avoir découvert très tôt l’importance de l’école grâce à ses parents et à certains enseignants qui ont profondément marqué son enfance.
Ci-dessous, l’intégralité de l’entretien.
Bonjour Madame, s’il vous plaît, veuillez vous présenter à nos lecteurs.
L’enseignante : Oui, bonjour. Je suis Kadiatou Baldé, directrice d’une école dans la sous-préfecture de Tangaly.
Madame Baldé, en quelle année avez-vous débuté votre cursus scolaire ?
Toute jeune, disons à l’âge de 7 ans, j’ai commencé l’école primaire à Tangaly. C’est ici que j’ai suivi tous les cycles de formation et obtenu mon baccalauréat unique. Après, j’ai fait le FASSONA à Donka où je faisais partie de la toute première promotion. J’y ai fait deux ans, mais je n’ai pas eu la chance de décrocher le diplôme pour aller à l’université. C’est à ce moment que j’ai opté pour l’enseignement. Donc, depuis 1980 jusqu’à nos jours, je suis dans l’enseignement.
Quand vous avez commencé l’école primaire, comment se passaient les cours ?
Nous avions d’excellents formateurs. D’ailleurs, permettez-moi de les saluer au passage. Ceux qui sont décédés, que leur âme repose en paix. Mais disons qu’ils n’ont pas trahi leur mission.
Certaines personnes disent qu’étudier au village, c’est s’accuser du retard. Qu’en pensez-vous ?
Cela n’engage que ceux qui le disent. Pour ma part, je dirais que la formation du village est la meilleure, car j’ai passé tout mon cursus scolaire au village et je n’ai aucun regret.
L’éducation des filles est parfois considérée comme une simple acquisition de notions de base. Qu’en pensez-vous en tant que femme ?
Effectivement, certains pensent ainsi. Mais de mon côté, heureusement que mon cher père — que son âme repose en paix — a œuvré pour que je réussisse dans les études, malgré le fait qu’il n’ait jamais été à l’école. Le seul regret que j’ai aujourd’hui, c’est qu’il soit parti très tôt sans que je puisse lui rendre ce qu’il a fait pour moi et le rendre heureux. À mon avis, ceux qui agissent ainsi le font par méconnaissance.
Depuis 1980, vous êtes dans l’enseignement et vous semblez y trouver votre satisfaction. Quels sont vos motifs ?
À mon avis, enseigner, c’est contribuer à l’avenir de toute une génération. Je n’ai donc jamais eu de dégoût pour l’enseignement. Mon souhait est que tous les enfants aillent à l’école afin qu’ils puissent un jour se prendre en charge. Je dirais aussi que l’éducation d’un enfant dépend de la famille, de l’école et de l’autorité.
Madame Baldé, certaines personnes disent que naître et grandir au village et y réussir est impossible. Confirmez-vous cette idée ?
Personnellement, rien ne m’a prouvé cela et je n’y ai jamais pensé. Je crois que l’enfant doit être à côté de ses parents et dans sa localité pendant toute sa période de formation. Il faut qu’il ait un esprit de discernement avant de quitter le village, afin qu’un jour il ait envie de servir sa localité, mais aussi toute la nation, en étant patriote.
Quel souvenir vous a le plus marquée durant votre parcours scolaire et vous a amenée à choisir l’enseignement ?
C’est le destin, et non un choix, si je peux me permettre. En plus de cela, la formation que j’ai reçue au village m’a beaucoup marquée, raison pour laquelle j’ai choisi d’y faire toute ma carrière.
Avez-vous un mentor ou un parent qui vous a inspirée pour l’enseignement au village ?
Disons que c’est ma localité qui m’a le plus inspirée.
Quel est votre parcours de formation pour devenir enseignante ?
Je ne voulais peut-être pas être enseignante, parce qu’au départ, après avoir décroché mon baccalauréat, je voulais aller à l’école vétérinaire de Mamou. Mon père m’avait d’ailleurs apporté son soutien. C’est pour cela que je dis que c’est le destin qui m’a conduite vers l’enseignement.
Comment avez-vous vécu vos débuts ?
Il fallait avoir du courage. Comme je venais juste de quitter le lycée après le bac, par la grâce de Dieu j’ai pu continuer jusqu’à la fin du cycle. J’ai ensuite repris les cours pour devenir cadre, mais étant une femme, je me suis limitée à la maîtrise.
À quel moment avez-vous senti naître l’amour pour l’éducation ?
Peut-être que l’idée de devenir directrice ne m’a jamais traversé l’esprit. Durant mon parcours, j’étais au secondaire, mais après le redéploiement je me suis retrouvée au primaire. Cela m’avait un peu attristée au départ. Mais c’est justement à ce moment-là que j’ai développé l’amour pour ce métier, et la compréhension des enfants m’a beaucoup soulagée.
Madame Baldé, avez-vous connu des périodes de doute ou de difficulté dans votre parcours ?
Oui, effectivement. J’ai rencontré quelques difficultés lorsque j’ai quitté le secondaire pour le primaire. J’avais demandé à mon directeur de m’assister, mais il m’avait répondu qu’il aurait besoin de moi lorsque je serais prête pour le travail. J’étais très déçue. Finalement, j’ai changé d’établissement.
Quelle a été votre plus grande fierté durant votre parcours ?
Disons que c’est la reconnaissance des enfants que j’ai eu à enseigner auparavant. Certains sont devenus adultes aujourd’hui, au point que je n’arrive même plus à reconnaître certains d’entre eux.
Quel appel souhaitez-vous lancer aux jeunes aujourd’hui ?
Toute personne qui souhaite enseigner ne doit pas le faire uniquement pour gagner de l’argent. Il faut comprendre que nous avons des enfants à former et à guider. Leur récompense peut venir de ces enfants un jour.
Quel appel lancez-vous aux filles qui ont aujourd’hui tendance à négliger leur formation ?
L’appel que je lance à ces filles est d’apprendre à se prendre en charge et de ne pas grandir dans la dépendance des autres. Si la femme est autonome, le pays avancera, car l’encadrement des enfants dépend beaucoup d’elle.
De nos jours, certains parents ne partagent pas l’idée que les filles ont un avenir dans les études et pensent qu’elles doivent plutôt se marier. Que leur dites-vous ?
Je leur demande de redoubler d’efforts, notamment les femmes, pour aider les enfants à se prendre en charge d’abord à l’école. Ainsi, ils pourront un jour venir en aide à leurs parents, à leur communauté et à toute la nation.
Merci beaucoup Madame la directrice pour nous avoir accordé cet entretien.
Entretien réalisé par Boubacar Garki Diallo, Abdoul Karim Baldé et Aïssatou Maleya Diallo, pour foutakameen.com.

COMMENTS