Pour soutenir l’économie, la BCRG abaisse son taux directeur à 9,50 % : un économiste apporte des éclaircissements

Pour soutenir l’économie, la BCRG abaisse son taux directeur à 9,50 % : un économiste apporte des éclaircissements

La Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) a décidé d’assouplir sa politique monétaire en abaissant son taux directeur de 25 points de base, le faisant passer de 9,75 % à 9,50 %. Une décision prise à l’issue d’une réunion du Comité de politique monétaire, dans un contexte de relance économique.

Le taux directeur, principal instrument de la politique monétaire, correspond au taux auquel la Banque centrale prête aux banques commerciales. Ces dernières s’en servent comme référence pour fixer les taux appliqués à leurs clients, en y ajoutant une marge.

Interrogé sur cette notion, l’économiste Dr Mohamed Cissé explique :

« Le taux directeur est un instrument de politique monétaire qui permet d’atteindre un objectif intermédiaire dont la finalité est la stabilité des prix. C’est le taux auquel la Banque centrale prête aux autres banques, et c’est sur cette base que les banques ajoutent une marge pour prêter à leurs clients », explique-t-il.

Avec cette baisse, la Banque centrale entend offrir aux banques une marge de manœuvre pour réduire leurs taux débiteurs et encourager l’accès au crédit.

« Lorsque le taux directeur est revu à la baisse, cela donne une marge de manœuvre supplémentaire aux banques de revoir leurs taux débiteurs à la baisse et incite les agents économiques à solliciter le financement », souligne Dr Mohamed Cissé.

Selon lui, même une légère variation peut avoir un impact sur la rentabilité des projets:

« Un projet jugé peu rentable avec un taux de 9,75 % peut devenir viable à 9,50 %. Cette baisse peut inciter à s’endetter, notamment par anticipation d’une hausse future. »

Dans la pratique, les banques appliquent des marges variant entre 2 % et 4,5 %, en fonction du risque.

« Si la banque ajoute une marge de 2 % ou 3 %, le financement peut atteindre 12,5 % ou plus. Dans certains cas, cela peut aller jusqu’à 13,5 % selon les risques associés », précise l’économiste.

Pour les entreprises, cette baisse se traduit par un allègement des charges financières.

« La charge financière est calculée sur la base du taux débiteur, lequel s’adosse sur le taux directeur. Donc plus le taux diminue, plus la charge supportée par l’entreprise et les ménages diminue également », explique-t-il.

Cette orientation s’inscrit dans une politique monétaire expansionniste visant à stimuler l’activité économique. Une dynamique en cohérence avec la politique budgétaire du gouvernement.

« Nous sommes dans une logique d’expansion économique à la fois du point de vue budgétaire et du point de vue monétaire », affirme Dr Mohamed Cissé.

Au-delà de la stabilité des prix, la Banque centrale vise également la stabilité du système financier.

« Le marché financier doit faciliter la mobilité des capitaux entre les agents à capacité de financement et ceux qui en ont besoin », ajoute-t-il.

Pour les petites entreprises et les commerçants, cette décision pourrait représenter une opportunité.

« Le coût du prêt sera revu à la baisse, ce qui signifie qu’ils sont censés générer plus de profits, toutes choses égales par ailleurs », indique l’économiste, tout en nuançant : « Cela pourrait aussi permettre de vendre moins cher, même si ce n’est pas toujours vérifié. »

Enfin, cette mesure vise à accompagner les ambitions d’investissement public.

« Si le gouvernement est dans une politique budgétaire expansionniste, il faut créer des conditions permettant aux entrepreneurs d’avoir du financement à un coût raisonnable », insiste Dr Mohamed Cissé.

Si la baisse du taux directeur ne constitue pas une solution unique, elle s’inscrit néanmoins dans une stratégie globale de soutien à la croissance.

« C’est une logique d’accompagnement pour éviter des distorsions et favoriser la croissance, l’emploi et l’équilibre des indicateurs macroéconomiques », conclut-il.

Houssainatou Bah pour foutakameen.com

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