Viol présumé, grossesse et foyer détruit : le récit accablant de Tadi Kourouma contre son gynécologue

Viol présumé, grossesse et foyer détruit : le récit accablant de Tadi Kourouma contre son gynécologue

À Conakry, le témoignage de Tadi Kourouma suscite une vive émotion et relance le débat sur la prise en charge des violences sexuelles, notamment lorsqu’elles impliquent des professionnels de santé. Dans un récit détaillé, cette mère de famille affirme avoir été victime d’un abus de confiance et d’un viol présumé commis par son médecin traitant. Entre silence familial, effondrement conjugal et lenteurs judiciaires, elle dit aujourd’hui vouloir briser l’omerta et obtenir justice.

Une relation de confiance brisée

« Il était mon médecin traitant depuis 2017. J’avais entièrement confiance en lui », explique Tadi Kourouma. En 2022, alors qu’elle souffre de douleurs abdominales persistantes, elle se rend dans la clinique de ce dernier pour une consultation. Après un diagnostic évoquant des trompes bouchées, le praticien lui recommande un lavement. Une intervention qu’elle accepte sans méfiance.

Mais selon elle, la suite ne correspond en rien à l’acte médical annoncé. « Il m’a administré une injection en intraveineuse. Après cela, je me suis endormie de 18 heures à 21 heures », raconte-t-elle.

À son réveil, elle dit avoir immédiatement ressenti que quelque chose n’allait pas.

« Je lui ai demandé ce qu’il m’avait fait. Je lui ai dit que ce n’était pas un lavement, parce que je n’avais aucune trace. »

La réponse du médecin, selon son témoignage, est sans équivoque : « Il m’a dit qu’il était désolé, qu’il n’avait pas pu résister à moi et qu’il avait couché avec moi », raconte la dame.

Sous le choc, elle quitte la clinique sans alerter immédiatement les autorités. De retour chez elle, elle se confie à sa mère.

« Elle m’a dit que je devais normalement en parler à mon mari, mais elle m’a aussi conseillé de ne pas détruire mon foyer et de laisser cela entre les mains de Dieu. »

Deux mois plus tard, la situation prend une tournure encore plus dramatique.

« J’ai découvert que j’étais enceinte », explique-t-elle. Informé, le médecin lui propose un avortement, qu’elle refuse par crainte pour sa santé. Elle décide de garder l’enfant, sans bénéficier du soutien du gynécologue.

La grossesse finit par révéler l’affaire au sein de son foyer.

« À huit mois, mon mari a découvert la situation. Cela a provoqué notre divorce. »

Après son accouchement, Tadi Kourouma saisit l’OPROGEM pour porter plainte. Selon elle, le médecin mis en cause est entendu et ne nie pas les faits.

Mais la procédure ne suit pas le chemin judiciaire attendu.

« On m’a proposé un arrangement. On m’a dit que, comme mon foyer était détruit, il valait mieux qu’il s’occupe de moi et de mes enfants. »

Une solution qu’elle accepte dans un premier temps, faute de soutien et de ressources.

Pendant environ un an, le médecin assure un logement et une prise en charge financière à Sonfonia, avant d’y mettre fin unilatéralement.

Face à cet abandon, elle relance les démarches. Son dossier est alors transféré à Dixinn, où elle est entendue par le procureur puis par un juge d’instruction.

« On m’a dit que justice serait faite, mais jusqu’à présent, rien n’a abouti », regrette-t-elle. Elle dénonce une gestion qu’elle juge insuffisante pour la gravité des faits. « On me répétait simplement qu’il devait s’occuper de moi jusqu’à ce que je me remarie. »

Face à ce qu’elle considère comme une absence de réponse judiciaire, Tadi Kourouma décide de médiatiser son affaire. Elle publie la photo du médecin sur les réseaux sociaux, provoquant une vague de réactions.

En retour, le praticien porte plainte contre elle pour atteinte à son image. « Mais j’ai dit que tant que justice ne sera pas faite, je continuerai », affirme-t-elle.

De cette affaire est née une petite fille, aujourd’hui âgée de près de quatre ans. Le médecin a fini par reconnaître l’enfant et établir un acte de naissance, sur instruction du procureur.

Malgré cela, la mère affirme vivre dans une profonde détresse morale et sociale. « Je me sens très mal. J’ai l’impression d’avoir été négligée par la justice », estime-t-elle.

Depuis la médiatisation de son témoignage, elle dit avoir reçu des soutiens, notamment de l’activiste Fatou Baldé Yansané, engagée dans la défense des droits des femmes en Guinée.

Aujourd’hui, Tadi Kourouma dit attendre une décision forte des autorités judiciaires.

« Je veux que justice soit faite. Je veux que la vérité éclate et que cet homme assume ses actes. Et surtout, je ne veux pas que d’autres femmes vivent ce que j’ai vécu », souhaite notre interlocutrice.

Au-delà de ce cas individuel, cette affaire met en lumière plusieurs enjeux majeurs en Guinée : la protection des patientes, la responsabilité des professionnels de santé, la gestion des violences sexuelles et la confiance dans l’institution judiciaire.

Pour Tadi Kourouma, le combat dépasse désormais son histoire personnelle. En décidant de parler publiquement, elle entend non seulement obtenir réparation, mais aussi contribuer à briser le silence autour de ces violences souvent tues, pour protéger d’éventuelles victimes.

Houssainatou Bah et Mamadou Aliou Diallo pour foutakameen.com

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