À l’approche de l’élection présidentielle appelée à clore la transition ouverte le 5 septembre 2021, les autorités guinéennes reviennent sur les coulisses du rapport de force engagé avec la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Le ministre des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, a livré des détails sur la posture adoptée par le président de la transition, Mamadi Doumbouya, pour obtenir la levée des sanctions visant le pays.
Selon le chef de la diplomatie guinéenne, la CEDEAO a progressivement revu sa position en reconnaissant le rôle singulier de la Guinée dans l’espace ouest-africain. Il estime que Conakry n’a jamais cessé de rappeler son statut de membre fondateur de l’organisation et son implication historique dans sa construction. Une démarche qui aurait conduit l’institution régionale à adopter une approche plus ouverte à l’égard du pouvoir militaire de Conakry.
Morissanda Kouyaté explique que la stratégie du président Doumbouya reposait sur une ligne ferme : rappeler que les décisions concernant la Guinée ne pouvaient être prises sans son implication directe. En mettant en avant la contribution du pays à la création de la CEDEAO, le chef de l’État aurait ainsi contraint l’organisation à reconsidérer sa méthode et son discours vis-à-vis de Conakry.
Pour illustrer ce changement de perception, le ministre cite l’attribution récente du siège des ressources en eau de la CEDEAO à la Guinée. Malgré l’absence du pays lors du vote et la concurrence de plusieurs États non concernés par des transitions politiques, la Guinée aurait obtenu l’unanimité des suffrages. Un épisode que Dr Morissanda Kouyaté interprète comme le signe d’un regain de confiance envers les autorités guinéennes.
« Ce résultat n’est pas le fruit du hasard », souligne-t-il, évoquant le sérieux et la crédibilité retrouvée de la Guinée sur la scène régionale. Il rapporte également les propos du président de la Commission de la CEDEAO, saluant une victoire diplomatique rare : celle d’un pays qui parvient à s’imposer sans être physiquement présent dans les négociations.
Enfin, le ministre reconnaît que la phase la plus complexe a été de convaincre l’organisation sous-régionale que la Guinée ne pouvait être assimilée aux autres pays en situation de crise. Il rappelle le rôle pionnier du pays dans les luttes pour l’indépendance africaine et insiste sur la nécessité, pour la CEDEAO, de tenir compte de cette dimension historique. Aujourd’hui, affirme-t-il, les relations entre Conakry et l’organisation sous-régionale se sont apaisées et reposent désormais sur un dialogue plus équilibré.
Houssainatou Bah pour foutakameen.com

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