Élevage de poules : un métier rentable mais semé d’embûches, un éleveur raconte ses défis

Élevage de poules : un métier rentable mais semé d’embûches, un éleveur raconte ses défis

Souvent considéré comme une activité secondaire ou domestique, l’élevage de poules constitue pourtant une source importante de revenus lorsqu’il est pratiqué avec des moyens adéquats et un minimum de professionnalisme. À Labé, de nombreuses personnes s’y adonnent malgré les risques et les difficultés. Certains en ont fait leur métier principal, tandis que d’autres le pratiquent par passion ou pour subvenir aux besoins familiaux.

Rencontré dans sa ferme, Mamadou Alpha Diallo, éleveur de volailles, décrit un quotidien marqué par de multiples contraintes, de l’approvisionnement en poussins à la commercialisation des œufs.

« Nous élevons des poules, mais dans des conditions difficiles. La première contrainte est l’obtention des poussins. Ensuite, il faut assurer leur prise en charge jusqu’à l’âge de ponte, ce qui demande beaucoup de moyens. À cela s’ajoute la difficulté d’écouler les œufs sur le marché », explique-t-il.

Selon lui, l’alimentation des volailles constitue également un défi majeur. Les intrants, notamment le maïs et le soja, sont souvent importés et donc coûteux.

« Les aliments viennent généralement de l’étranger et tout le monde n’a pas les moyens de s’en procurer. Certes, certains mélanges sont préparés localement, mais les prix ont fortement augmenté. Parfois, les importateurs commandent en Chine et les produits peuvent mettre jusqu’à six mois avant d’arriver au port », déplore l’éleveur.

Au-delà des difficultés financières, Mamadou Alpha Diallo s’inquiète aussi du manque d’infrastructures vétérinaires adaptées. L’absence de laboratoire spécialisé rend la gestion des maladies particulièrement compliquée.

« Nous n’avons pas de laboratoire pour analyser les maladies des poules. Quand elles tombent malades, nous essayons de les sauver avec les moyens du bord, mais souvent sans succès. Concernant l’alimentation, nous mélangeons le soja et le maïs, mais il arrive que ces produits soient en rupture. Dans ces cas-là, nous sommes obligés de donner du maïs brut, ce qui ralentit la ponte. Actuellement, le problème d’aliments est très sérieux », confie-t-il.

L’éleveur souligne également le manque de formation de certains acteurs du secteur, qui se lancent dans l’aviculture sans connaissances techniques suffisantes.

« Beaucoup investissent leur argent pour construire des fermes sans respecter les normes. Ils achètent les poules, embauchent un fermier et pensent que tout ira bien. Mais dès qu’un problème survient, ils se retrouvent dépassés. Hier encore, quelqu’un m’a dit qu’il élève plus de 1 500 poules depuis un an, mais qu’il ne récolte pas plus de 27 alvéoles d’œufs par jour. Cela prouve que même 800 poules ne pondent pas correctement. Après discussion, j’ai compris que le problème venait de l’alimentation. Je lui ai conseillé une autre méthode », raconte-t-il.

Enfin, Mamadou Alpha Diallo appelle à un soutien accru des autorités pour structurer et moderniser le secteur.

« Si l’État nous aidait, les résultats seraient bien meilleurs. Nous avons besoin d’un accompagnement réel, notamment en médicaments vétérinaires, en formation et en facilitation d’accès aux intrants. Nous avons beaucoup parlé, mais rien ne change. Pourtant, l’aviculture peut créer des emplois et nourrir la population », conclut-il.

Abdoul Karim Baldé pour foutakameen.com

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