Guinée : après la dissolution de l’UFDG, Dalein déclare la lutte ouverte au régime de Doumbouya

Guinée : après la dissolution de l’UFDG, Dalein déclare la lutte ouverte au régime de Doumbouya

Après la dissolution de sa formation politique, annoncée à travers un arrêté du Ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation (MATD) lu à la télévision nationale vendredi 6 mars 2026, Cellou Dalein Diallo, président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), s’est adressé à ses partisans, aux militants et aux responsables de sa formation politique ce dimanche 8 mars 2026, soit deux jours après cette annonce.

Dans son message, il invite les militants de l’UFDG à se tenir prêts et affirme que le temps des discours est révolu. Selon lui, l’heure est désormais à l’action, estimant que les paroles seules ne suffisent plus face à la situation actuelle du pays.

Voici ci-dessous l’intégralité de son discours, publié sur sa page Facebook ainsi que sur les différents canaux de communication de l’UFDG :

« Mes chers responsables, militants et sympathisants de l’UFDG, mes très chers compatriotes,

À cette étape critique de notre histoire, où notre vivre-ensemble est menacé et notre avenir commun hypothéqué, personne n’a envie d’entendre des discours sans effet ni lendemain. Je le sais. Chacun attend des actes, des actes capables d’apporter les changements espérés par notre peuple.

Les mots ne suffisent plus à apaiser les colères et à réparer les injustices. Le temps est venu d’agir pour laver les affronts, rétablir les libertés publiques et garantir le respect des droits de l’homme.

Peuple martyr de Guinée, nous constatons aujourd’hui que le coup d’État guinéen du 5 septembre 2021 a marqué le début d’un véritable déclin national, le point de départ de nombreuses dérives. La volonté délibérée des autorités de ruiner nos acquis démocratiques et de remettre en cause nos droits et libertés n’est plus un mystère.

Chaque fois que nous pensions avoir touché le fond de l’abîme, une nouvelle escalade nous précipite davantage dans les ténèbres. Ces dernières heures, un palier supplémentaire a été franchi dans la déshumanisation de notre société et dans la mise à mort programmée de la démocratie et de l’État de droit dans notre pays.

Le peuple de Guinée constate que Mamadi Doumbouya et son clan se permettent tout et ne s’interdisent désormais plus rien. Après s’être substitué au peuple, un groupe de prédateurs s’arroge aujourd’hui un droit de vie ou de mort sur les citoyens, les entreprises et les partis politiques. Ce groupe se maintient par un climat de terreur et par une répression sanglante utilisée pour intimider et réduire au silence toutes les voix dissonantes.

Le coup d’État, contrairement aux discours prononcés à l’époque et aux dispositions de la charte de la transition, a été suivi d’une restriction drastique des libertés publiques et de violations massives des droits humains, dont certaines pourraient relever de crimes contre l’humanité : assassinats, disparitions forcées, enlèvements et séquestrations. Même les personnes les plus vulnérables — enfants, femmes et personnes âgées — n’ont pas été épargnées.

Aujourd’hui, Mamadi Doumbouya vient d’ajouter à ce sombre bilan la décision injuste de dissoudre les partis politiques les plus représentatifs de la scène nationale, alors même qu’il ne dispose d’aucune légitimité électorale ni d’une véritable assise politique. Le chef de la junte et son clan malfaisant voudraient réécrire l’histoire du pays en effaçant du paysage politique toutes les forces susceptibles de faire obstacle à leur projet de parti-État en cours de formation.

Une volonté claire d’imposer la pensée unique et un parti-État se manifeste désormais ouvertement, afin d’instaurer un exercice solitaire du pouvoir au détriment de la souveraineté populaire.

Il n’existe plus aujourd’hui d’espace civique et démocratique. Les droits politiques et les libertés fondamentales, après avoir été piétinés, sont désormais purement et simplement supprimés. Dès lors, il ne reste d’autre alternative que de s’engager dans une résistance frontale et courageuse pour la libération de notre pays.

Cette lutte s’impose à nous comme un devoir moral et une nécessité historique. À cet égard, j’exhorte les responsables, militants et sympathisants de l’UFDG, ainsi que tous les Guinéens épris de liberté et de justice, à se lever comme un seul homme et à recourir à tous les moyens pour mettre fin à ce régime d’exception qui a trop duré.

Nous savons désormais que ni le dialogue, ni la voie démocratique, ni les moyens légaux ne permettront d’obtenir les changements politiques nécessaires et le véritable retour à l’ordre constitutionnel.

Après avoir épuisé tous les recours internes et face au silence assourdissant de la communauté internationale, il ne nous reste qu’à nous battre pour nous libérer par nous-mêmes.

Je sais combien les militants de l’UFDG sont attachés à la démocratie, à leurs droits et à leurs libertés. Les sacrifices consentis ces dernières décennies pour défendre ces valeurs en témoignent. Comme la majorité des Guinéens, ils sont prêts à tout pour que notre pays ne retombe pas dans les affres de la dictature.

Le sang de nos martyrs, leur mémoire et la dette que nous avons envers notre pays exigent de nous courage, persévérance et détermination afin de vaincre l’imposture et la force brute sous toutes leurs formes.

J’en appelle à l’union sacrée des forces vives de la nation afin de réunir toutes les conditions nécessaires à une victoire décisive sur ceux qui ont trahi notre peuple et leur serment. Nos divisions actuelles et les rancœurs du passé doivent être reléguées au second plan si nous voulons être unis et forts pour libérer notre pays de la dictature.

Le moment venu, chacun devra répondre de ses actes. L’oubli et le pardon systématiques ont trop longtemps garanti l’impunité et encouragé la récidive.

Peuple de Guinée, Mamadi Doumbouya, après avoir trahi sa parole et son serment, nous déclare désormais ouvertement la guerre. En voulant effacer d’un trait de plume des années de conquêtes, de sacrifices et de luttes héroïques de notre peuple, il se heurtera aux forces démocratiques et patriotiques, majoritaires et incorruptibles.

L’histoire nous a montré comment finissent les dictatures et quel sort attend ceux qui soutiennent et encouragent l’oppression. Comme l’enseignait Thomas Jefferson : “Quand l’injustice devient loi, la résistance devient un devoir.”

Face à Mamadi Doumbouya et à son clan, seule la résistance nous permettra de recouvrer nos libertés individuelles et collectives ainsi que nos droits confisqués. Sous la dictature, nous périrons tous.

La dignité de notre peuple et l’honneur de notre pays ne sont pas négociables. La dictature ne passera pas. Les tyrans tomberont tous.

Soyez prêts. Vive la lutte, vive la résistance patriotique, vive le peuple de Guinée libre et souverain. »

Tel est le discours de l’ancien Premier ministre en exil après le coup de force du 5 septembre 2021. Alors que les militants de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée disent être fatigués des discours, reste désormais à savoir si l’opposant va lier l’acte à la parole.

Propos décryptés par Boubacar Diallo pour Foutakameen.com.

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