En ce début de Ramadan, faire ses courses relève du parcours du combattant pour de nombreuses familles. Sur les marchés de Conakry, le constat est sans appel : le kilogramme de viande est désormais vendu à 70 000 francs guinéens. Une hausse qui pèse lourdement sur des ménages déjà fragilisés par la cherté de la vie.
Salematou Bangoura, venue s’approvisionner pour le premier jour du jeûne, ne cache pas son inquiétude.
« Aujourd’hui, le kilogramme de viande est à 70 000 francs. Nous, on s’attendait plutôt à 45 000 ou 50 000 francs. Il n’y a pas d’argent. Si ça continue comme ça, on risque d’arrêter de consommer des aliments riches en protéines. Même le poisson n’est plus abordable, et parfois il est même rare sur le marché. L’État doit nous aider », s’inquiète-t-elle.
Comme elle, de nombreux consommateurs disent être surpris par l’ampleur de la hausse des prix. Mais, malgré les plaintes, la viande reste un produit incontournable pendant le mois de Ramadan. Résultat : les clients achètent, souvent à contrecœur.
Les bouchers se défendent
Du côté des vendeurs, on parle d’une augmentation imposée par la réalité du marché.
Boubacar Mansa, boucher, explique :
« Nous achetons le kilogramme de viande à 65 000 francs et nous ajoutons 5 000 francs, ce qui fait 70 000 francs le kilogramme. On ne peut pas vendre sans bénéfice. Certains clients se plaignent qu’il y a trop d’os. Pourtant, tout ce que nous prenons à l’abattoir est acheté. Nous sommes obligés de revendre pour récupérer notre investissement », se justifie ce boucher.
Les commerçants assurent comprendre le désarroi des ménages, mais rappellent qu’ils subissent eux aussi la hausse du prix du bétail. Une équation délicate, où chacun tente de préserver sa survie économique.
Le poisson aussi sous tension
La viande n’est pas la seule denrée concernée. Le poisson, pourtant ressource abondante en Guinée, se fait de plus en plus rare sur les étals.
Djénaba Sangaré, Directrice du port artisanal de Bonfi et acteur du secteur halieutique alerte sur la pression croissante exercée sur les eaux guinéennes :
« En ce mois de Ramadan, nous avons été informés que la Sierra Leone est en repos biologique. Plusieurs pêcheurs se sont alors dirigés vers la Guinée, notamment à Conakry. À Bonfi, plusieurs bateaux sierra-léonais sont présents et souhaitent pêcher dans nos eaux. Il y a une forte pression sur nos espaces maritimes et sur nos ressources halieutiques. Si tout le monde pêche en même temps, sans régulation des quantités, comment permettre aux ressources de se renouveler ? », s’interroge la directrice du port artisanal de Bonfi.
Selon elle, l’absence de régulation claire pourrait aggraver la rareté et, par conséquent, maintenir les prix à un niveau élevé.
Une baisse peu probable à court terme
Pour l’instant, aucun signal ne laisse présager une baisse imminente des prix, ni pour la viande, ni pour le poisson.
En pleine période de Ramadan, mois de solidarité et de partage, la flambée des prix des denrées alimentaires rappelle une réalité persistante : celle d’un pouvoir d’achat sous tension et d’un marché soumis à de fortes pressions structurelles.
Houssainatou Bah pour foutakameen.com

COMMENTS