Hôpitaux régionaux : face à la pénurie de médecins spécialistes, des malades contraints à l’exil médical vers Conakry

Hôpitaux régionaux : face à la pénurie de médecins spécialistes, des malades contraints à l’exil médical vers Conakry

Dans plusieurs régions et préfectures du pays, les structures sanitaires sont confrontées à une réalité préoccupante : le manque de médecins spécialistes dans certains domaines clés de la médecine. Ce déficit, régulièrement dénoncé par les populations locales, a des répercussions directes sur la qualité et l’accessibilité des soins. Dans de nombreux hôpitaux régionaux, certaines pathologies ne peuvent être prises en charge faute de spécialistes qualifiés.

Une situation qui contraint de nombreux patients à être transférés vers la capitale, notamment à Conakry, ou encore vers des pays limitrophes pour poursuivre leur traitement.

Ces évacuations sanitaires ne sont pas sans conséquences. Elles impliquent souvent des coûts financiers élevés, difficilement supportables pour certaines familles, en plus des contraintes liées à l’état des routes et aux longues distances à parcourir, mais aussi l’accès à un logement. À Labé, cette réalité suscite de vives réactions au sein de la population.

Pour Ansoumane Diallo, citoyen rencontré sur place, le problème ne réside pas uniquement dans le manque de spécialistes, mais aussi dans l’insuffisance d’équipements médicaux :

« Nous avons des médecins capables de soigner nos malades, mais le problème le plus fréquent reste le manque d’instruments de travail, notamment les équipements. C’est ce qui pénalise leur travail. Si vous visitez nos hôpitaux, vous constaterez vous-même ce déficit en matériel, qui oblige parfois à transférer des patients vers la capitale », explique-t-il.

Dans la même dynamique, Mamadou Mouctar Diallo met en avant les conséquences de cette situation sur les populations, notamment celles vivant dans les zones reculées.

« C’est un problème majeur qui impacte négativement les populations, surtout celles des localités éloignées. Elles doivent parcourir de longues distances, souvent sur des routes en mauvais état, pour accéder aux soins. Même les habitants des centres urbains vivent cette réalité. Lorsqu’un malade ne peut pas être pris en charge ici, il est contraint d’aller à Conakry. Or, nous connaissons tous l’état de la route Labé–Conakry, notamment le tronçon Labé–Mamou. Et ce problème ne concerne pas seulement Labé, mais presque tout le pays », souligne-t-il.

Il appelle ainsi à un renforcement du système de santé à l’intérieur du pays :

« Il est essentiel de rapprocher les infrastructures sanitaires des populations, avec du personnel qualifié, afin de limiter les évacuations et leurs conséquences », ajoute-t-il.

Face à ces critiques, certains professionnels de la santé apportent toutefois des nuances. Un syndicaliste du secteur à Labé précise que des efforts existent, tout en reconnaissant certaines limites.

« Dans tous les systèmes de santé, il existe des insuffisances. Le transfert de patients est une pratique normale partout dans le monde. À l’hôpital régional de Labé, la plupart des services sont dirigés par des médecins spécialistes, et l’établissement dispose d’équipements modernes. Mais en médecine, il y a des limites : lorsqu’un cas dépasse les capacités d’un service, il est recommandé de référer le patient vers une structure plus adaptée, comme les hôpitaux de Donka ou Ignace Deen », explique-t-il.

Il insiste également sur la nécessité de renforcer les ressources humaines.

« Plusieurs médecins sont actuellement en formation pour renforcer leurs compétences. À leur retour, nous demandons aux autorités de les déployer dans les hôpitaux régionaux afin de mieux répondre aux besoins des populations et de limiter les évacuations vers l’étranger », précise le Dr Mamadou Dian Diallo.

En conclusion, les citoyens comme les professionnels de santé appellent les autorités à agir rapidement :

« Nous demandons aux autorités de résoudre ce problème et de rapprocher les infrastructures sanitaires des populations. Toutes les familles n’ont pas les moyens d’effectuer ces déplacements coûteux. Il est urgent d’améliorer l’accès aux soins pour garantir une meilleure santé à tous », exhortent nos interlocuteurs.

Ce constat met en lumière un défi majeur pour le système de santé guinéen. Il appelle à des actions concrètes, notamment le renforcement des effectifs spécialisés, l’amélioration des équipements médicaux et une meilleuzre répartition des ressources sur l’ensemble du territoire national.

Abdourahmane Baldé pour foutakameen.com

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