Comme dans de nombreuses villes de l’intérieur du pays, le secteur culturel peine à se structurer et à évoluer à Labé malgré la volonté et les efforts des acteurs locaux. Entre manque de formation, absence d’infrastructures adaptées et soutien institutionnel quasi inexistant, les artistes et promoteurs culturels se battent pour maintenir en vie le théâtre, le cinéma et les spectacles. Pourtant, l’engagement des jeunes et des passionnés laisse entrevoir un espoir : celui d’une évolution progressive, portée par la détermination et la créativité.
La parole à ces acteurs culturels qui, malgré les difficultés, croient encore en un avenir meilleur pour le secteur culturel à Labé. La rédaction de Foutakameen.com a tendu son micro à quelques acteurs culturels afin qu’ils s’expriment sur l’évolution de la culture actuelle.
Mouctar Paraya Baldé artiste- chanteur, connu sous le nom de Tonton Mic, souligne que malgré l’ouverture croissante des jeunes aux influences extérieures, les mélodies traditionnelles locales conservent une valeur inestimable. Selon lui, il est essentiel de préserver ce patrimoine en s’appuyant sur les anciens, tout en restant ouvert aux apports venus d’ailleurs.
« Dans notre ville, ici à Labé, tous les jeunes se sont levés pour valoriser la culture étrangère. On ne peut pas les condamner, car c’est l’époque qui veut ça. Cela avance petit à petit. Mais il n’y a pas de mélodies plus belles que celles que nous possédons. Pour bien comprendre et étudier ces mélodies, il faut rencontrer les anciens qui les maîtrisent, afin qu’ils puissent les enseigner. Avant, lors des cérémonies, quand nos grands jouaient nos mélodies, c’était tellement beau. Je demande à tout le monde de ne pas abandonner notre culture tout en respectant et valorisant celle des autres », a-t-il expliqué.
Pour Mamadou Oury Sy Savané, artiste-comedien, le cinéma connaît une évolution lente mais prometteuse. Selon lui, les mentalités changent progressivement et la reconnaissance de cet art grandit. D’après l’artiste le manque de productions freine l’élan des talents émergents. Pour progresser, il est essentiel de valoriser les compétences, d’apprendre des anciens, et de transmettre le savoir, car le cinéma est un métier qui demande rigueur, accompagnement et formation.
« Moi, je veux dire que l’évolution du cinéma progresse petit à petit, comme il se doit. Si cela continue ainsi, je pense que c’est une bonne chose, car les gens commencent à comprendre l’importance du cinéma, y compris ceux qui y travaillent. Actuellement, ce dont les acteurs culturels ont besoin, surtout ici à Labé, ce sont des productions pour mettre en valeur ceux qui font le cinéma. Quand on regarde ce que faisaient les anciens, on se rend compte qu’ils travaillaient d’une certaine manière que nous, aujourd’hui, ne pouvons pas forcément reproduire et inversement aussi. Le cinéma, c’est un vrai métier car, pour bien le pratiquer, il faut avoir un maître », estimé Mamadou Oury Sy Savané.
Idrissa Barry, promoteur culturel, déplore le manque d’infrastructures et de formations adaptées pour faire évoluer le secteur du spectacle dans la région. Selon lui, malgré les efforts des acteurs locaux, l’absence d’espaces dédiés et de véritables politiques culturelles freinent considérablement le développement du domaine. Il appelle l’État à structurer davantage le secteur pour en faire un véritable levier professionnel.
« Moi, je veux dire que ça n’évolue presque pas. Un spectacle ne peut évoluer que s’il y a un espace dédié pour le faire. Sinon, comment ça peut avancer ? À Labé, combien de personnes organisent des spectacles ? Pourtant, certains ont étudié dans ce domaine. Organiser un spectacle, c’est complexe. Il y a plusieurs branches : coordination, chef de projet, rédaction du projet, etc. Si on prend tout cela, combien de personnes ici ont été formées ? Il n’y a ni formation, ni lieu adapté. Par exemple, notre stade ici ne peut même pas être utilisé pour des spectacles. Donc, on ne peut pas vraiment parler d’évolution, même si chacun essaie de faire de son mieux. Ça avance un peu, grâce au travail des gens. Prenons l’exemple d’un promoteur ou entrepreneur qui organise un concert : il peut en sortir perdant, mais les artistes qu’il invite, eux, gagnent ; la sécurité aussi. Il ne faut pas que les gens pensent que ce n’est pas un vrai métier. C’est du vrai travail. Ce que nous demandons à l’État, c’est de mettre en place une politique culturelle bien structurée », plaide ce prometteur.
Malgré la passion et l’engagement des acteurs culturels à Labé, le secteur peine à se développer à cause du manque d’infrastructures, de formations et de soutien institutionnel. Pour que la culture devienne un véritable levier de développement local, il est essentiel que les autorités mettent en place des politiques culturelles structurées, encouragent la formation des jeunes et investissent dans la production et la valorisation des talents locaux.
Mamadou Dian Diallo et Boubacar Diallo pour foutakameen.com




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