En immersion dans la sous-préfecture de Tangaly (préfecture de Tougué), la rédaction de Foutakameen.com s’est entretenue avec le principal du collège local. L’établissement compte aujourd’hui 116 élèves répartis en quatre groupes pédagogiques, malgré de nombreuses difficultés.
D’entrée de jeu, Boubacar Baïlo Baldé est revenu sur son arrivée à la tête de cet établissement. Il décrit une situation initiale particulièrement préoccupante :
« À mon arrivée dans ce collège, il n’y avait pas assez d’élèves. La plupart étaient partis en ville pour poursuivre leurs études. L’établissement ne comptait que 33 élèves. Grâce à Dieu, nous en sommes aujourd’hui à 116. Malgré cela, nous faisons face à un manque criant d’enseignants. Je ne pouvais pas abandonner, car ici, c’est chez moi. J’ai été contraint d’enseigner plusieurs matières pour maintenir le minimum », explique-t-il.

Boubacar Baïlo Baldé, principal du collège de Tangaly (préfecture de Tougué)
Poursuivant, le principal souligne que les difficultés persistent, notamment en matière de ressources humaines et d’équipements pédagogiques.
« Normalement, pour quatre groupes pédagogiques, il faudrait au moins deux enseignants de français et deux de mathématiques. À l’ouverture, nous étions en sous-effectif. Aujourd’hui, nous disposons de deux enseignants contractuels communautaires en français. Pour ma part, j’enseigne la géographie, l’éducation civique et morale, ainsi que la chimie, qui est ma spécialité. Au total, nous sommes six enseignants pour quatre groupes pédagogiques », précise Boubacar Baïlo Baldé.
Il détaille également la répartition des élèves : 23 en 7e année, 65 en 8e, 9 en 9e et seulement 5 en 10e année. Sur le plan matériel, le constat est tout aussi alarmant :
« À mon arrivée, je n’ai trouvé aucun outil pédagogique. C’est grâce au projet SWEED que nous avons reçu quelques manuels de mathématiques et de français. L’établissement n’est pas clôturé, ce qui a des conséquences négatives : les animaux y passent la nuit et nous devons nettoyer les vérandas chaque matin. Pour l’eau, les élèves vont s’approvisionner chez les voisins. Heureusement, l’école a été rénovée l’année de ma mutation, et nous disposons suffisamment de tables-bancs », ajoute-t-il.
Au-delà des difficultés structurelles, Boubacar Baïlo Baldé s’inquiète également du suivi éducatif des élèves par leurs parents.
« Nous constatons une certaine négligence parentale. Les parents ne veillent pas suffisamment à l’éducation de leurs enfants. Dans ce monde moderne, les élèves devraient utiliser leurs téléphones pour apprendre, mais ils les utilisent surtout pour se divertir », regrette-t-il.
Le manque d’infrastructures numériques constitue un autre défi majeur.
« L’établissement ne dispose pas de cyber ni d’ordinateur pour centraliser les notes. Même avec les tablettes que nous avons, le réseau est souvent défaillant. Pour toute tâche informatique, je suis obligé de me rendre à Labé, à mes propres frais. Il m’arrive même d’y passer la nuit pour revenir le lendemain », confie-t-il.
Face à cette situation, le principal lance un appel pressant aux autorités et aux bonnes volontés :
« Nous demandons à l’État de prendre en charge les enseignants contractuels, de nous fournir des documents pédagogiques, de construire une clôture et de doter l’établissement d’un laboratoire afin d’initier les élèves aux travaux pratiques », plaide-t-il.
Cette réalité reflète celle de nombreux établissements situés à l’intérieur du pays, confrontés à un manque criant de moyens et nécessitant des réformes urgentes pour garantir un système éducatif de qualité.
Abdoul Karim Baldé pour Foutakameen.com

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