Lancement de l’exploitation du projet Simandou, inflation et défis du commerce : le visage de l’économie guinéenne en 2025

Lancement de l’exploitation du projet Simandou, inflation et défis du commerce : le visage de l’économie guinéenne en 2025

L’année 2025 a été marquée en Guinée par une dynamique économique globalement positive. La croissance du produit intérieur brut (PIB) est estimée autour de 7 %, traduisant une reprise soutenue à la fois par les secteurs miniers et non miniers, dans un contexte de transition politique prolongée.

Cette dynamique a été renforcée par le lancement effectif du gigantesque projet minier de Simandou, considéré comme l’un des plus grands projets structurants de l’histoire économique du pays. Le démarrage des travaux liés à l’exploitation du gisement de fer, ainsi qu’à la mise en place des infrastructures associées — notamment le chemin de fer et le port — a contribué à améliorer les perspectives de croissance à moyen et long termes. Le projet est présenté par les autorités comme un moteur de création d’emplois, de mobilisation d’investissements et d’augmentation des recettes publiques, tout en soulevant des enjeux majeurs en matière de gouvernance, d’impact environnemental et de redistribution des retombées économiques au profit des communautés locales.

Le commerce intérieur a poursuivi son développement, porté par une augmentation des flux d’exportations et d’importations observée au cours de l’année. Les marchés urbains, notamment dans les grandes villes, sont demeurés relativement animés. Toutefois, les acteurs du commerce font face à de nombreuses contraintes, notamment des difficultés d’accès au crédit, des problèmes logistiques et d’approvisionnement, ainsi que des entraves liées au mauvais état des infrastructures routières, compliquant l’acheminement des marchandises vers les centres de consommation.

Sur le plan macroéconomique, l’inflation est restée relativement maîtrisée en 2025, avec un taux estimé autour de 3,7 %, selon les données de la Banque centrale. Néanmoins, la hausse des prix de certains produits alimentaires frais, des huiles et des denrées de première nécessité a fortement pesé sur le pouvoir d’achat des ménages, affectant particulièrement les familles à faible revenu ainsi que les petits commerçants.

Les petites et moyennes entreprises (PME) et les commerçants ont continué de jouer un rôle central dans l’économie nationale. Cependant, leur développement demeure freiné par un accès limité au financement, en raison notamment d’une base fiscale étroite et de contraintes persistantes sur le crédit bancaire. Les petites entreprises, en particulier celles évoluant dans le secteur agroalimentaire, subissent encore des coûts élevés d’importation, ainsi que des insuffisances notables en matière d’infrastructures logistiques.

Dans ce contexte, une part importante des activités économiques continue d’évoluer dans le secteur informel, qui représente une large proportion de l’emploi non agricole. Autre fait saillant de l’année 2025 sur le plan économique : la crise de liquidité qui a fortement secoué le secteur bancaire, accentuant les difficultés d’accès aux ressources financières pour les entreprises et les ménages.

Concernant le transport urbain informel, le développement du moto-taxi a continué de contribuer de manière significative à l’économie urbaine. Ce mode de transport constitue une source d’emploi importante pour de nombreux jeunes sans qualification spécifique et facilite la mobilité quotidienne, en particulier dans les zones mal desservies par les transports formels. S’il contribue à dynamiser le commerce local et à réduire l’exclusion économique, ce secteur reste cependant confronté à des défis majeurs liés à la réglementation, à la sécurité routière et à l’organisation professionnelle des acteurs.

Le secteur agricole, qui emploie une large part de la population guinéenne, a également enregistré des avancées en matière de production et d’innovation. Certaines filières ont connu une bonne tenue, notamment les cultures vivrières et quelques chaînes de valeur stratégiques. Des initiatives d’innovation agricole — telles que l’irrigation améliorée ou l’introduction de semences plus performantes — ont été encouragées par des organisations locales et internationales. Toutefois, les pertes post-récolte, les difficultés d’accès aux infrastructures de stockage et les limites dans l’approvisionnement en intrants continuent de freiner une augmentation plus significative de la productivité.

Le secteur agroalimentaire apparaît ainsi comme un levier essentiel pour la diversification de l’économie et l’amélioration de l’emploi en milieu rural, mais il nécessite des investissements publics et privés plus conséquents et mieux ciblés.

Enfin, l’année 2025 a été marquée par des incendies récurrents ayant touché des boutiques et magasins à Madina, principal centre de négoce du pays, causant d’importantes pertes économiques pour les commerçants victimes. Malgré une inflation globalement maîtrisée et une croissance soutenue, les défis demeurent considérables pour les PME, les acteurs du commerce, les ménages urbains et ruraux, ainsi que pour l’intégration du secteur agricole et de l’informel dans une dynamique de développement inclusif et durable.

Houssainatou Bah pour foutakameen.com 

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