À Labé, malgré la présence des banques, des institutions de microfinance et des services d’épargne électronique comme Orange Money, une forme d’épargne informelle continue de séduire de nombreux commerçants, boutiquiers et autres citoyens : le “cocher le ticket ». Cette pratique, profondément ancrée dans les habitudes locales, repose sur la confiance et la proximité entre les épargnants et une caissière ou un caissier, chargés de collecter quotidiennement l’argent en sillonnant les coins et recoins de la ville.
Dans les marchés et quartiers de la commune urbaine, cette méthode est perçue comme une alternative simple et flexible pour mettre de côté de petites sommes, souvent difficiles à conserver à domicile.
Une activité basée sur la confiance
Caissière du système des tickets depuis plusieurs années, Mariama Baïlo Diallo explique les raisons qui l’ont poussée à exercer cette activité informelle.
« Ce qui m’a motivée à faire ce travail, c’est d’abord aider les gens à épargner de petites sommes. En même temps, ils me paient pour ce service, ce qui me permet de subvenir à mes besoins. Grâce à Dieu, ça va. Les commerçants déposent chaque jour selon leurs moyens ou selon ce qu’ils veulent me donner. C’est avec cela que je vis », confie-t-elle.
Elle reconnaît toutefois faire face à certaines difficultés, notamment lorsque des clients égarent leur ticket.
« Il arrive que certains perdent leur ticket, mais malgré cela, la confiance demeure. Les gens continuent de me confier leur argent pour que je le garde pour eux », ajoute la caissière.
Une épargne souple et accessible
Pour Kadiatou Diallo, commerçante au marché, le “cocher le ticket” représente le moyen le plus simple d’épargner.
« Les épargnes dépendent de tes moyens. Quand la caissière passe, tu peux lui donner 5 000 comme 10 000 francs guinéens par jour, selon ce que tu as. Elle garde notre argent en toute sécurité et, à la fin du mois, elle nous le restitue », explique-t-elle.
Elle met en avant la proximité et la flexibilité de cette pratique, comparée aux institutions bancaires.
« Nous connaissons la personne qui gère notre argent et, depuis que nous avons commencé avec elle, il n’y a jamais eu de problème. En cas de besoin, elle peut te donner une partie de ton argent et tu continues à déposer. À la banque, il y a souvent des conditions, et parfois on ne peut pas déposer de petites sommes », précise-t-elle.
Échapper aux dépenses quotidiennes
Même constat chez Fatoumata Battouly Diallo, également épargnante, qui estime que cette méthode l’aide à mieux gérer ses revenus.
« Je n’arrive pas à épargner à la maison, parce que je vois l’argent et je l’utilise pour mes besoins, qui ne finissent jamais. Avec cette dame, je peux épargner. À la fin du mois, elle prend ses bénéfices et me restitue mon argent », témoigne-t-elle.
Selon elle, les services de mobile money ne sont pas toujours adaptés aux petits montants.
« Avec Orange Money, on ne gagne rien en déposant 2 000 ou 5 000 francs », ajoute-t-elle.
Une solution adaptée aux petits revenus
De son côté, Adama Dian Diallo, commerçante, dit être rassurée par la possibilité de récupérer son argent à tout moment.
« Je fais cette épargne parce que je ne gagne pas beaucoup avec mon petit commerce. Ce que je gagne sert juste à survivre. Quand j’épargne auprès de notre caissière, en cas de besoin, je peux l’appeler et elle me remet mon argent », explique-t-elle.
Elle souligne également les limites de l’épargne électronique.
« Parfois, avec Orange Money, tu vas faire un retrait et on te dit qu’il n’y a pas d’espèces. Avec cette méthode, je suis plus à l’aise », affirme-t-elle.
Une pratique toujours d’actualité
À la fin de chaque mois, la caissière établit la situation de chaque épargnant, prélève sa part pour le service rendu, puis restitue les montants restants aux concernés. Une pratique qui, malgré son caractère informel, continue de jouer un rôle important dans l’économie locale, en particulier pour les petits commerçants.
À Labé, le “cocher le ticket” demeure ainsi une réponse communautaire et pragmatique aux réalités économiques quotidiennes, là où les solutions formelles peinent encore à s’adapter aux revenus modestes et irréguliers.
Abdoul Karim Baldé pour foutakameen.com

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