L’année 2025 aura été marquée par une pluviométrie exceptionnellement abondante en Guinée, avec des conséquences notables sur les populations, les infrastructures et les activités agricoles. Dans la région administrative de Labé, si aucune perte en vie humaine n’a été enregistrée, les fortes pluies ont néanmoins provoqué d’importants dégâts matériels, notamment lors des inondations du 11 septembre 2025.
Les constats effectués au cours de la saison pluvieuse révèlent des perturbations majeures dans plusieurs quartiers, avec des routes impraticables, des ouvrages fragilisés et des activités socio-économiques ralenties. Dans un entretien accordé à notre rédaction, le Directeur régional de la météorologie de Labé est revenu sur les causes de cette persistance des pluies et leurs impacts.
L’année 2025 restera ainsi comme une période de fortes précipitations et d’inondations récurrentes dans la cité sainte de Karamoko Alpha mo Labé. Selon M. Aboubacar Soumah, Directeur régional de la météo, cette situation s’explique principalement par les changements climatiques, accentués par les actions humaines.
« Dieu a tout créé parfaitement. Mais lorsque nous détruisons l’environnement, nous en subissons forcément les conséquences », a-t-il souligné.
Au-delà des facteurs climatiques globaux, des causes locales contribuent à aggraver les inondations. La gestion inadéquate des déchets, les constructions anarchiques et l’occupation des lits des rivières sont régulièrement pointées du doigt par les citoyens.
« Ce que vous voyez là, ce sont les conséquences. La vraie cause, c’est que le lit de la rivière est presque bouché. En ville, beaucoup de gens jettent leurs déchets au bord de la rivière. En plus, la terre utilisée pour les constructions est souvent emportée par l’eau jusqu’ici. Là où nous sommes, il y a un pont presque endommagé : l’eau passe déjà au-dessus. Depuis hier jusqu’à aujourd’hui, l’eau a complètement coupé le passage sur cette route. Cela prouve que la rivière a débordé et ne suit plus son cours habituel », a déploré Abdoulaye Barry.
Agriculture : une année éprouvante pour les producteurs
Outre les inondations, l’année 2025 a également été marquée par des incendies de champs agricoles, suscitant l’inquiétude des services techniques dans la préfecture de Labé.
« Un des cas que nous avons gérés s’est produit à Kalan. Sur le terrain, nous évaluons les dégâts, les cultures incendiées, la superficie brûlée et le coût de la mise en valeur par hectare afin d’estimer les pertes subies par l’exploitant. Les champs de riz n’avaient pas encore été récoltés, tout a été complètement brûlé. Nous évaluons alors le rendement escompté et le coût des opérations agricoles », a expliqué Mamadi Diakité, responsable agricole.
Du côté des agriculteurs, les difficultés ont été nombreuses tout au long de la campagne agricole. Les pluies excessives ont fortement impacté certaines cultures.
« Cette année, la saison avait bien commencé. Le maïs était en bon état. Mais pour la pomme de terre, malgré un bon semis et un bon labour, elle a pourri à l’approche des récoltes. Tout ce qui est pourri n’est pas utilisable. Actuellement, nous préparons des aubergines pour remplacer les pommes de terre qui n’ont pas donné de bons résultats », témoigne un cultivateur.
Face à ces aléas, certains producteurs misent sur la diversification et la préservation de l’environnement.
« Nous ne comptons pas seulement faire l’agriculture. Nous faisons aussi des plantations dans nos champs pour remplacer les semences, au cas où la terre deviendrait moins fertile », a indiqué Mamadou Saïdou Sow, cultivateur.
Manéah (Coyah) : un drame humain au cœur de la saison des pluies
À l’échelle nationale, les conséquences de cette saison pluvieuse ont été parfois dramatiques. Dans la préfecture de Coyah, un glissement de terrain meurtrier s’est produit à Manéah, dans la nuit du 20 au 21 août 2025, à la suite de précipitations diluviennes.
Selon le bilan officiel communiqué par l’Agence nationale de gestion des urgences et catastrophes humanitaires (ANGUCH), 13 personnes ont perdu la vie dans ce drame. Le même bilan fait état de 10 blessés, tandis que plusieurs autres personnes étaient encore portées disparues au moment de la publication des chiffres officiels.
Ce glissement de terrain à Manéah illustre l’ampleur d’une saison des pluies particulièrement intense en Guinée en 2025, ayant provoqué des inondations et d’importants dégâts humains et matériels dans plusieurs localités du pays, notamment à Coyah, Dubréka, Siguiri, Conakry, ainsi que dans certaines régions de l’intérieur.
Des mesures environnementales face aux défis climatiques
Face à ces défis, les autorités ont maintenu certaines mesures de protection de l’environnement. Comme chaque année, le ministère de l’Environnement a décrété entre juillet et septembre 2025 une pause écologique, interdisant temporairement la coupe et le transport du bois sur toute l’étendue du territoire national.
Par ailleurs, une vaste campagne de reboisement a été lancée en juillet 2025 dans la région de Labé, notamment dans la localité de Tountourou, avec la participation des services techniques, des autorités locales et des communautés, dans l’objectif de lutter contre la dégradation de l’environnement et de renforcer la résilience face aux changements climatiques.
Aïssatou Maleya Diallo, pour foutakameen.com

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