Politique guinéenne : cinq Républiques plus tard, la Guinée toujours à la recherche de stabilité institutionnelle

Politique guinéenne : cinq Républiques plus tard, la Guinée toujours à la recherche de stabilité institutionnelle

Depuis son accession à l’indépendance le 2 octobre 1958, la République de Guinée a connu une histoire politique marquée par des ruptures majeures, des changements de régimes et des périodes de transition. Ces bouleversements ont façonné l’État guinéen et conduit, dans l’usage politique et historique courant, à l’identification de cinq Républiques.

Toutefois, cette classification mérite une nuance importante, notamment au regard du droit constitutionnel, qui distingue clairement les périodes républicaines des régimes de transition sans Constitution.

La Première République (1958–1984) : l’affirmation de la souveraineté nationale

La Première République est proclamée le 2 octobre 1958, à la suite du rejet par le peuple de Guinée du référendum proposé par le général Charles de Gaulle. Ahmed Sékou Touré devient ainsi le premier président du pays.

Cette période est caractérisée par un régime à parti unique, dominé par le Parti démocratique de Guinée (PDG), une forte centralisation du pouvoir et une orientation socialiste affirmée. Elle marque la construction de l’État indépendant avec une gouvernance jugée autoritaire. La Première République s’achève avec le dmécès du président Sékou Touré, en 1984.

La Deuxième République (1984–1990) : la rupture militaire

À la mort de Sékou Touré, l’armée prend le pouvoir à travers un coup d’État. Le général Lansana Conté s’impose à la tête de l’État guinéen et met en place le Comité militaire de redressement national (CMRN).

La Constitution est suspendue et les institutions républicaines dissoutes. Dans l’usage politico-historique, cette période est communément qualifiée de Deuxième République, car elle marque une rupture nette avec le régime précédent. Cependant, au sens strict du droit constitutionnel, il s’agit d’un régime militaire de transition et non d’une République, en raison de l’absence de Constitution en vigueur.

La Troisième République (1990–2008) : le retour à l’ordre constitutionnel

L’adoption de la Constitution de 1990 ouvre la voie à la Troisième République. Lansana Conté, devenu président civil, dirige le pays dans un cadre multipartite officiellement reconnu.

Plusieurs élections sont organisées, bien que régulièrement contestées par l’opposition. Cette période est marquée par une relative stabilité institutionnelle, mais aussi par des critiques persistantes sur la qualité de la gouvernance et de la démocratie. La Troisième République prend fin avec la mort du président Lansana Conté, en décembre 2008.

La Quatrième République (2010–2021) : l’expérience démocratique

Après une transition militaire, la Guinée adopte une nouvelle Constitution en 2010. Alpha Condé est élu président et devient le premier chef de l’État guinéen issu d’une élection pluraliste jugée globalement démocratique.

Cette Quatrième République est marquée par une ouverture politique accrue, mais aussi par de fortes tensions sociales et institutionnelles, notamment autour des processus électoraux et de la réforme constitutionnelle de 2020, qui ouvre la voie à un troisième mandat controversé. Elle prend fin avec le coup d’État du 5 septembre 2021.

La Cinquième République (depuis 2026) : une nouvelle ère institutionnelle

À l’issue de la transition entamée après le putsch du 5 septembre 2021, la Guinée entre dans sa Cinquième République avec l’adoption d’une nouvelle Constitution et l’investiture du président Mamadi Doumbouya samedi 17 janvier 2026, même si l’élection a été régulièrement contestée par les acteurs politiques et sociaux en raison selon eux, de son caractère exclusif.

Les autorités affichent une volonté de refondation de l’État, de renforcement des institutions républicaines et de rupture avec les pratiques de gouvernance du passé, dans un contexte d’attentes sociales et démocratiques fortes.

Une nuance essentielle à retenir

Il est important de préciser que certaines périodes, notamment 1984–1990, 2008–2010 et 2021–2025, se sont déroulées sans Constitution républicaine en vigueur.

Au sens strict du droit constitutionnel, seules les périodes dotées d’une Constitution peuvent être qualifiées de Républiques, ce qui conduit certains analystes à estimer que la Guinée a connu quatre Républiques.

Dans l’usage politique et historique, toutefois, la classification en cinq Républiques demeure largement répandue pour souligner les grandes ruptures de régime.

En définitive, l’histoire politique de la Guinée est jalonnée de ruptures et de recompositions institutionnelles. La notion de cinq Républiques, tout comme la lecture constitutionnelle plus stricte, témoignent d’une même réalité : la quête permanente de stabilité, de légitimité institutionnelle et de gouvernance démocratique.

Mamadou Aliou Diallo pour foutakameen.com

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