De la création de la Direction générale des Élections au référendum constitutionnel, en passant par une présidentielle très attendue, l’année 2025 aura profondément redessiné le paysage politique guinéen. Mais à seulement quelques heures du scrutin du 28 décembre, tensions politiques, accusations de partialité et restrictions des libertés publiques continuent de peser sur la transition.
Une nouvelle architecture électorale avec la création de la DGE
Sur le plan politique, l’année 2025 restera comme l’une des plus charnières depuis le coup d’État de septembre 2021. Parmi les faits majeurs figure la création, par décret en date du 14 juin 2025, de la Direction générale des Élections (DGE). Placée sous la tutelle du ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, cette nouvelle structure dirigée par Djenabou Touré est chargée de l’organisation, de la gestion et du suivi de l’ensemble des processus électoraux et référendaires sur le territoire national.
La mise en place de la DGE marque un tournant institutionnel important dans la conduite de la transition, en concentrant entre ses mains la responsabilité des opérations électorales, jusque-là éclatées entre plusieurs entités.
Le référendum constitutionnel, tournant juridique majeur
Autre moment clé de l’année : le référendum constitutionnel du 21 septembre 2025. Élaboré par le Conseil national de la transition (CNT), le projet de nouvelle Constitution a été soumis à l’approbation du peuple guinéen afin de doter le pays d’une nouvelle loi fondamentale.
À l’issue du scrutin, le texte a été largement adopté, avec plus de 90 % des suffrages exprimés, ouvrant la voie à son entrée en vigueur dès le mois de septembre. Cette nouvelle Constitution remplace officiellement la Charte de la transition et introduit plusieurs innovations majeures, notamment un mandat présidentiel de sept ans, renouvelable une seule fois, ainsi que la création d’un Sénat.
Elle instaure également, pour la première fois dans l’histoire politique de la Guinée, la possibilité de candidatures indépendantes, élargissant théoriquement le champ de participation politique.
Une présidentielle pour clore la transition
Dans la continuité de ce processus, l’élection présidentielle a été programmée pour le 28 décembre 2025, avec pour objectif affiché de consacrer le retour à l’ordre constitutionnel après quatre années de transition militaire. La campagne électorale s’est déroulée du 28 novembre au 25 décembre.
Neuf candidats sont en lice, dont le chef de la junte au pouvoir, alors même qu’il s’était initialement engagé à ne pas briguer la magistrature suprême. La fixation de la caution électorale à 900 millions de francs guinéens a suscité de vives critiques. De nombreux observateurs et acteurs politiques estiment ce montant excessif et dissuasif, limitant l’accès à la compétition électorale.
Accusations de partialité et tensions politiques persistantes
Tout au long de l’année, l’opposition a accusé les autorités de transition d’avoir façonné le cadre constitutionnel et électoral de manière à favoriser certains acteurs proches du pouvoir. Ces critiques ont été renforcées par des suspensions de partis politiques, notamment l’UFDG de Cellou Dalein Diallo, le RPG Arc-en-ciel de l’ancien président Alpha Condé, l’UFR de Sidya Touré et tant d’autre, ainsi que par des restrictions à la liberté d’expression, particulièrement durant la période référendaire.
Les relations restent tendues entre le gouvernement et plusieurs forces politiques opposées, dans un climat marqué par la méfiance et la contestation.
Décentralisation limitée et centralisation du pouvoir
Malgré les discours officiels mettant en avant une amélioration de la gouvernance locale, la réalité demeure contrastée. Les collectivités territoriales restent fortement dépendantes de l’appareil central, et la décentralisation effective peine à se concrétiser. La prise de décision reste largement centralisée, notamment dans les zones jugées politiquement ou stratégiquement sensibles.
Par ailleurs, le général Mamadi Doumbouya a procédé, tout au long de l’année 2025, à de nombreuses nominations à tous les niveaux de l’administration publique, renforçant l’emprise du pouvoir central sur les institutions.
Libertés publiques sous pression et climat social tendu
Sur le plan social, des restrictions aux libertés publiques ont également été observées. Dans le contexte des préparatifs électoraux, l’opposition a dénoncé une gestion qu’elle qualifie d’unilatérale et solitaire de la transition. Des mobilisations sporadiques ont été enregistrées dans plusieurs villes du pays, réclamant davantage de transparence et une normalisation du jeu politique.
Toutes les manifestations annoncées ont toutefois été systématiquement empêchées, alimentant un climat de frustration et de tension.
Une élection déterminante pour l’avenir du pays
Ainsi, l’année 2025 s’achève sur l’organisation d’une élection présidentielle présentée comme l’aboutissement de la transition, mais aussi sur la disparition de certaines figures de l’opinion publique et l’exil de plusieurs opposants politiques. Dans cette élection controversée on note la non-participation de grandes figures de l’opposition guinéenne : il s’agit entre autres, de Cellou Dalein Diallo en exil depuis la prise du pouvoir par l’armée, er dont le parti reste suspendu, Sidya Touré également en exil, Ousmane Kaba er Lansana Kouyaté ces derniers, qui avaient pourtant fait acte de candidature. Mais, elles ont été invalidées par la Cour suprême.
L’issue du scrutin du 28 décembre demeure déterminante pour l’avenir politique de la Guinée, entre espoir de stabilisation institutionnelle et craintes persistantes quant à l’ouverture réelle du jeu démocratique.
Houssainatou Bah, pour foutakameen.com

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