Confronté à un déficit criant de personnel, à des infrastructures inadaptées et à l’absence d’ambulance, le centre de santé de Gadha-Woundou, sous-préfecture située dans la préfecture de Koubia, en Moyenne Guinée, peine à répondre efficacement aux besoins sanitaires des populations. En immersion dans cette localité enclavée où l’accès constitue un véritable parcours du combattant, la rédaction de Foutakameen.com a rencontré le chef du centre, qui tire la sonnette d’alarme et appelle à une intervention urgente des autorités.
Entre manque de personnel qualifié et insuffisance d’espaces de travail, le centre de santé de Gadha-Woundou fait face à de nombreuses difficultés qui, malgré les efforts consentis par les agents, persistent et affectent la qualité de la prise en charge des patients.
Lors d’un séjour dans cette sous-préfecture très reculée, la rédaction de Foutakameen.com s’est entretenue avec Tamba Tinguiano, chef du seul centre de santé de la localité. Il est revenu sur les conditions de fonctionnement de la structure sanitaire, les pathologies les plus fréquentes, mais aussi sur les limites auxquelles le personnel est quotidiennement confronté.
« Le centre de santé n’est pas construit selon les normes requises. D’abord, les salles ne sont pas au complet. En plus de cela, nous n’avons pas suffisamment de personnel. Il arrive souvent que des malades viennent et trouvent que les agents ne sont pas tous présents », explique-t-il.

Tamba Tinguiano, chef du centre de santé de Gadha-Woundou-Koubia
Selon lui, sur les quatre agents que compte officiellement le centre, seuls deux sont pris en charge par l’État.
« Actuellement, nous avons quatre agents au total. Parmi eux, il n’y a que deux agents de l’État. Les autres sont des bénévoles qui ne bénéficient d’aucune prise en charge. En général, pour toute la sous-préfecture de Gadha-Woundou, il n’y a que deux agents de l’État », précise Tamba Tinguiano.
À ces difficultés s’ajoute l’absence d’ambulance, un problème majeur dans la prise en charge des urgences, notamment des femmes enceintes.
« Le centre de santé n’est pas équipé d’une ambulance. En cas d’urgence, nous sommes obligés de faire appel à l’ambulance de Koubia. Lorsqu’il s’agit d’évacuer une femme enceinte, l’ambulance doit quitter Koubia pour venir ici », déplore-t-il.
Pendant la période de grandes pluies, la situation devient encore plus critique à cause de l’état des routes et du fleuve Woundouwol, dont la traversée s’effectue à l’aide d’un vieux bac et qui fait face déjà à l’usure du temps.
« Pendant la saison pluvieuse, lorsque l’eau déborde et que l’accès devient difficile, nous avons de sérieux problèmes. Le bac est parfois impraticable. Une fois même, l’eau a emporté le bac alors que nous avions des femmes enceintes à évacuer. Deux femmes ont perdu la vie à cause des difficultés liées au transport », regrette le chef du centre.
Face à ces drames, les autorités sanitaires ont été saisies, mais aucune solution durable n’a encore été apportée.
« Nous avons remonté l’information après ces décès. La DPS a été informée et a transmis à la hiérarchie. Mais jusqu’à présent, aucune solution n’a été trouvée, notamment pour doter la sous-préfecture de Gadha-Woundou d’une ambulance », souligne-t-il.
Concernant les équipements médicaux, Tamba Tinguiano reconnaît les efforts consentis par l’État, tout en soulignant les insuffisances structurelles.
« Le gouvernement a vraiment équipé le centre en matériel médical. Mais le problème reste l’infrastructure. Les salles ne sont pas suffisantes. Lorsque les malades sont nombreux, nous ne pouvons pas les répartir correctement et certains sont obligés de rester dehors », explique-t-il.
Il insiste particulièrement sur le manque de salles dédiées à la maternité.
« Nous avons un grand besoin au niveau de la salle d’accouchement et surtout de la salle d’attente. Après l’accouchement, la femme doit être installée pendant six heures pour observation, mais cette salle est souvent occupée par d’autres activités faute d’espace », ajoute-t-il.
Pour faire face à ces multiples défis, le chef du centre lance un appel pressant aux autorités guinéennes.
« Nous demandons au gouvernement de prendre en charge nos agents bénévoles. Ce sont des personnes qui travaillent dans des conditions très difficiles, sans salaire. Certains ne sont même pas originaires de Gadha-Woundou, mais ont accepté de venir servir dans cette zone très reculée. Ils se sont vraiment sacrifiés », plaide Tamba Tinguiano.
Il convient de rappeler que, comme de nombreux centres de santé situés dans les zones enclavées du pays, celui de Gadha-Woundou nécessite un appui urgent, tant en ressources humaines qu’en infrastructures, pour assurer un fonctionnement optimal et garantir le droit à la santé des populations locales.
Abdoul Karim Baldé, pour foutakameen.com

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