Gadha-Woundou – Mémoire de feu et de fer : confidences d’un forgeron à la retraite face au déclin d’un métier ancestral

Gadha-Woundou – Mémoire de feu et de fer : confidences d’un forgeron à la retraite face au déclin d’un métier ancestral

Lors de notre immersion dans la commune rurale de Gadha-Woundou, la rédaction a rencontré Mamadou Saliou Kanté, ancien forgeron aujourd’hui à la retraite. À travers son témoignage, il retrace ses débuts précoces dans un métier ancestral, partage son vécu et met en lumière les nombreuses difficultés qui entravent encore l’écoulement des produits artisanaux locaux.

Ce métier, M. Kanté affirme l’avoir embrassé à à bas âge. Et c’est à travers cette activité qu’il parvenait à satisfaire ses besoins et ceux de sa famille.

« J’ai commencé ce métier à l’âge de 7 ans. J’y ai travaillé pendant de nombreuses années, jusqu’à en maîtriser parfaitement toutes les techniques. J’ai arrêté il y a maintenant quatre ans. Dans ce métier, il n’y a pas vraiment de secret : c’est surtout l’endurance et l’apprentissage qui comptent. Aujourd’hui, je ne travaille plus ; je vis des aides qu’on me donne. Mes petits frères, en revanche, continuent d’exercer et parviennent à vivre de cette activité. Lorsque je travaillais encore, cela me permettait de subvenir dignement à mes besoins », explique-t-il.

Il revient ensuite sur les différents instruments qu’il fabriquait et sur comment il parvenait de les écouler :

« Notre travail dépend essentiellement des commandes des clients. Certains nous demandent des houes, des dabas, des portes, des coupe-coupe, entre autres outils indispensables au quotidien. Nous écoulons nos œuvres principalement au marché, mais aussi lors de cérémonies de mariage ou d’événements religieux. Ce métier est très important pour nous, car il nous a toujours beaucoup aidés », fait-il savoir.

Cependant, ce metier est exercé tant bien que mal dans la sous-préfecture de Gadha-Woundou compte tenu de plusieurs facteurs.

« Notre plus grand défi reste l’état déplorable des routes, notamment entre ici et Fafaya, comme vous avez pu le constater. Cela freine énormément nos activités, car nous ne pouvons pas acheminer nos œuvres vers d’autres localités. Seuls les clients de passage peuvent acheter. Pourtant, la forge demeure une activité essentielle : même pour un simple couteau, les populations se tournent toujours vers les forgerons. Nous demandons aux autorités de remplacer ce vieux bac par un pont, afin de faciliter la libre circulation des personnes et des marchandises. »

Comme de nombreuses localités rurales, Gadha-Woundou est confrontée à d’importantes difficultés structurelles. Parmi les plus persistantes figure la construction d’un pont en remplacement du vieux bac, une infrastructure indispensable pour soutenir les artisans locaux, désenclaver la zone et dynamiser durablement la vie économique de la commune.

Amadou Bella Diallo et Aissatou Maleya Diallo, pour foutakameen.com

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